2 degrés de réchauffement, c’est trop ! GIEC, ONU, Mai 2015

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Report on the structured expert dialogue on the 2013–2015 review, 4 mai 2015

Lien vers le site des Nations Unies

 

Alors que les données montrent que nous suivrions actuellement le scénario d’un réchauffement estimé jusqu’à 6 degrés à terme par rapport à l’ère pré-industrielle (lire cet article, référence NASA), les dernières discussions entre les experts de l’ONU, les membres de l’IPCC (GIEC), l’Organisation Météorologique Mondiale et le Hadley Center semblent conclure que la valeur de 2 degrés de réchauffement à ne pas dépasser ne serait plus une limite sûre. À partir de 1,5 degrés le changement climatique entrerait déjà dans une phase d’évolution non linéaire, aux effets globaux irréversibles et particulièrement hostiles à la vie dans son ensemble.

L’atmosphère terrestre est aujourd’hui plus chaude de 0,85 degrés par rapport aux temps pré-industriels et les estimations concernant l’inertie climatique (le temps que met l’atmosphère à réagir à un ajout de CO2 dans sa composition) paraissent indiquer que même si nous stoppions immédiatement toute émission de CO2, les 1,5 degrés de réchauffement seraient atteints voire dépassés.

Merci à Dorota Retelska de nous avoir orientés vers le document source (articles de D. Retelska sur le site du Nouvel Observateur).

 

Extraits du rapport (intégré ci-dessous) :

Page 98 : “(…) le signataire* a souligné que quatre des cinq RCF** (Reasons For Concern : raisons de s’inquiéter) montrent que les impacts du changement climatique s’accroissent d’une manière non-linéaire entre 1,5 °C et 2 °C, en particulier pour les systèmes uniques et menacés (par exemple, la perte massive des récifs coralliens), les événements singuliers de grande envergure (par exemple, la désintégration des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique dans ce spectre de réchauffement), ou les impacts sur l’agriculture locale.”

“(…) the Party pointed out that four out of the five RFCs show that the impacts of climate change increase in a non-linear fashion between 1.5 °C and 2 °C, especially for unique and threatened systems (e.g. the massive loss of coral reefs), large-scale singular events (e.g. the disintegration of ice sheets in Greenland and Antarctica in this warming range), or impacts on local agriculture.”

 

Page 98 : “Pour les scénarios de réchauffement de 1,5 °C, l’action d’atténuation nécessaire en 2030 est très différente de l’action nécessaire pour les scénarios de réchauffement de 2 °C.”

“For 1.5 °C warming scenarios, the required mitigation action in 2030 is very different from the action required for 2 °C warming scenarios.”

 

Page 104 : “(…) les scénarios d’émissions qui limitent l’augmentation de la température à moins de 2 °C (à partir de celle de l’ère préi-ndustrielle) nécessitent des modèles d’investissement considérablement différents au cours de la période 2010-2029, y compris une baisse de 30 milliards USD des investissements dans les centrales à combustibles fossiles sans CCS***, une augmentation de 147 milliards de dollars en investissements dans les technologies de production à faibles émissions, et une augmentation de 336 milliards de dollars en investissements dans l’efficacité énergétique des bâtiments, des transports et des secteurs industriels.

“(…) emission scenarios that limit temperature increase from preindustrial levels to below 2 °C require considerably different investment patterns during the period 2010–2029, including a fall in investments in fossil-fuel plants without CCS of USD 30 billion, an increase by USD 147 billion in investment in low-emission generation technologies, and an increase by USD 336 billion in energy-efficiency investments in the buildings, transport and industry sectors.”

 

Page 108 : “Toutefois, le GIEC a souligné à plusieurs reprises que ses mains sont liées, soulignant que les connaissances scientifiques sur la limite de 1,5 °C sont limitées, car les résultats des recherches nécessaires ne sont pas encore disponibles ou pas de la même robustesse que ceux portant sur l’objectif global à long terme de 2 °C.“

“However, the IPCC repeatedly emphasized that their hands are tied, pointing out that scientific insights on the 1.5 °C limit are limited since results of the needed research are not yet available or not of the same robust nature as those on the 2 °C long-term global goal.”

 

Page 111 : “Le premier message portait sur la nature des limites de 2 °C et 1,5 °C du réchauffement climatique. Il a souligné qu’au SED**** 2, SED 3 et SED 4-1, de nombreux experts, notamment du GIEC, avaient expliqué que les impacts liés au climat sont très courants au niveau actuel de réchauffement de 0,85 °C au-dessus du niveau pré-industriel, qu’ils ont progressivement des effets indésirables significatifs, et que des ordres de grandeur supplémentaires de réchauffement ne feront qu’augmenter les risques d’impacts graves, généralisés et irréversibles. Il a souligné que cela est une indication que toute autre limite supérieure du réchauffement climatique ne peut plus être considérée comme une glissière de sécurité offrant une protection aux interférences anthropiques dangereuses, et il a appelé à un examen des risques socialement acceptables (ou autres) des impacts climatiques…“

“The first message was on the nature of the 2 °C and 1.5 °C limits to global warming. He emphasized that at SED 2, SED 3 and SED 4-1, many experts, notably from the IPCC, had explained that climate-related impacts are prevalent at the current degree of warming of 0.85 °C above the pre-industrial level and have increasingly significant adverse effects, and that additional magnitudes of warming will only increase the risks of severe, pervasive and irreversible impacts. He stressed that this is an indication that any upper limit for global warming can no longer be seen as a guardrail providing protection from dangerous anthropogenic interference, and called for a consideration of societally, or otherwise, acceptable risks of climate impacts.”

 

Page 118 : “Dans un monde plus chaud de 1,5 °C que dans les temps pré-industriels, nous sommes sur le point de passer à un risque élevé pour les organismes, alors que dans un monde à 2 °C plus chaud que dans les temps pré-industriels, le risque devient élevé pour des écosystèmes complets. En ce qui concerne les espèces d’eau douce et les espèces terrestres, dans un monde de 1,5 °C plus chaud, la plupart des arbres et des herbes subiraient un risque modéré de disparaître à cause du déplacement des zones climatiques dont ils dépendent. Dans les paysages plats, 2 °C de réchauffement signifient que la vitesse du changement climatique deviendrait trop élevée pour que les organismes terrestres et d’eau douce puissent suivre le déplacement des zones climatiques.”

“In a world 1.5 °C warmer than in pre-industrial times, we are on the verge of moving to high risk for these organisms, while in a world 2 °C warmer than in pre-industrial times, the risk already becomes high for these ecosystems. For freshwater and terrestrial species, in a world 1.5 °C warmer, most trees and herbs would be at moderate risk from falling behind the moving climate zones. However, in flat landscapes, 2 °C warming means that climate change velocity would become too high for terrestrial and freshwater organisms to follow the moving climate zones.“

 

* Un des signataires de la convention-cadre des Nations-Unies sur le réchauffement climatique.

** RFC : Reasons For Concern (cinq raisons de s’inquiéter) : elles « illustrent les conséquences du réchauffement et des limites d’adaptation sur les personnes, les économies et les écosystèmes à travers les secteurs (économiques) et les régions. » Voir le point 31, page 11 du document, ainsi que le graphique (A) de la Figure 4, page 9.

*** CCS : Capture et séquestration du carbone (CSC)

**** SED : structured expert dialogue (dialogue structuré des experts, ou entre experts).

 

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10 comments

  1. C’est le propre de tout système chaotique de passer abruptement des oscillations erratiques à la déstabilisation.
    2°C, c’est 1/3 du gradient glaciaire / interglaciaire, donc forcément considérable.
    Le différentiel vitesse de déplacement des isothermes / vitesse de déplacement de la végétation, je l’avais déjà indiqué en 1993 dans L’événement européen, “Ressources génétiques : de la disparition à l’appropriation”
    La grande menace actuelle, c’est l’acidification des couches océaniques superficielles ; krill et ptéropodes ne calcifient plus correctement ; or ils sont la base de pratiquement toutes les chaînes alimentaires ; ça signifie la fermeture progressive du puits biogéochimique de carbone avec accumulation exponentielle des GES dans l’atmosphère et emballement de tout le système ; ça n’a pas été compris dans le dernier rapport du GIEC. Dans le dernier n° de La Recherche on apprend que cette acidification a joué un rôle essentiel dans l’extinction Permien / Trias.
    Attention : rétroaction négative de la disparition du “brown cloud” au dessus de l’Asie, qui a un effet refroidissant ; à modéliser.
    Enfin sur les chances d’aboutir à un accord global contraignant à la COP 21, Pascal Canfin qui est le meilleur analyste (contacter via WRI ) voit deux obstacles : la Russie, l’Australie. C’est sur ces pays qu’il faut faire porter l’effort de “persuasion”.

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