Adrastia au Brésil

Radio France International (RFI) publie un article sur le mouvement français de la collapsologie, à destination de son audience brésilienne. Adrastia est largement citée dans cet article – pour la première fois en portugais!

Pour nos lecteurs non lusophones, nous proposons ci-dessous une traduction en français de cet article.

La collapsologie, une nouvelle théorie de la fin du monde, gagne chaque jour de nouveaux adeptes en France

Le magazine Yggdrasil, lancé mardi (26) en France, est la dernière initiative des adeptes de la “collapsologie”. Le concept, basé sur la conviction que la planète est confrontée à une crise climatique et à une crise d’approvisionnement dont elle ne sera pas épargnée, conquiert de plus en plus de Français. Les adeptes s’organisent en associations ou suivent les préceptes de “néo-prophètes”, qui s’appuient sur des études scientifiques pour annoncer l’effondrement de la civilisation industrielle.

L’idée de «collapsologie» a commencé à devenir populaire en 2015 avec la publication du livre “Comment tout peut s’effondrer”, de l’agronome Pablo Servigne et du chercheur Raphaël Stevens. Devenus best-seller en France, ils définissent un nouvel objet de recherche: l’effondrement du monde. Sur la base d’études scientifiques multidisciplinaires plutôt pessimistes sur les questions climatiques, les pénuries d’énergie et les pénuries alimentaires, ils mettent en garde contre un scénario inquiétant.

Pour les auteurs, le débat sur le développement durable serait dépassé et “l’effondrement” du monde serait déjà en cours. À la différence de scientifiques comme le spécialiste français du climat, Jean Jouzel, qui disent que la population a un peu plus de dix ans pour réagir, Servigne et Stevens affirment, presque prophétiques, que la fin de la civilisation industrielle arrivera plus rapidement que prévu, même pour la génération actuelle. La logique a motivé de nombreux jeunes, conscients de vivre dans ce contexte, à se manifester pour la protection de la planète.

En prévision de cette fin “inévitable”, les auteurs ont lancé l’année dernière, avec Gauthier Chapelle, le livre “Une autre fin du monde est possible”. C’est une sorte de guide philosophique sur la manière de faire face à la fin de ce monde tel que nous le connaissons.

Les théories sur l’extinction des Vikings et des Mayas ont inspiré les auteurs

Les deux livres annoncent la fin des ressources naturelles et sont basés sur un modèle d’écologie radicale, avec une moindre dépendance aux produits industrialisés et des tentatives d’autosuffisance alimentaire. Ils s’inspirent, entre autres, du travail de Jared Diamond, auteur du célèbre ouvrage “Collapse – Comment les sociétés choisissent l’échec ou le succès”, livre publié en 2005 au Brésil. L’intellectuel américain, qui a remporté le Pulitzer avec “De l’inégalité parmi les sociétés”, part de l’exemple des Vikings et des Mayas pour montrer comment la surexploitation des ressources naturelles aurait contribué à l’extinction de ces peuples. La thèse de Diamond a déjà été contestée par plusieurs scientifiques. Mais cela n’empêche pas les auteurs français de s’en servir comme référence et de se revendiquer les créateurs d’une science interdisciplinaire.

Animée par les débats sur le réchauffement climatique au cours des dernières années, la “collapsologie” gagne du terrain. Les vidéos de Pablo Servigne publiées sur Internet rassemblent des milliers de vues et l’auteur donne des conférences dans un auditorium bondé à travers le pays, ainsi que de nombreuses interviews.

Afin de propager ses idées, il est également l’un des créateurs d’Yggdrasil, une publication trimestrielle qui vient de paraître en France. Le nom vient de la mythologie nordique et pourrait être traduit par “le monde des arbres qui relie le ciel et la terre, morts et vivants”. Écologique, imprimé sur du papier recyclé, le magazine n’aura que douze éditions et disparaîtra ensuite.

Associations en attente d’effondrement

Mais avant même la publication du premier livre de Servigne et Stevens, certaines personnes se préparaient déjà à ce scénario catastrophique annoncé par les auteurs. C’est le cas de l’association française Adrastia, créée en 2014 et qui compte plus de 400 membres. “Le projet est né de la prise de conscience de la crise mondiale que nous traversons. Ces crises, écologiques, énergétiques et climatiques, ne peuvent être résolues avec davantage de technologie “, explique Dominique Py, représentante d’Adrastia. “Nous nous dirigeons vers un déclin ou un effondrement de la civilisation industrielle, qui ne peut plus assumer sa propre fonction”, a-t-elle déclaré.

Elle est d’accord avec les théories de Servigne et de Stevens et dit que nous devons nous préparer au moment où la population mondiale ne disposera plus d’une agriculture ni d’électricité abondante et bon marché. “Il est nécessaire d’apprendre à vivre de manière plus sobre et moins énergivore, en évitant les situations de chaos et de tensions qui pourraient survenir à cause de ces pénuries. Nous devons nous organiser collectivement pour anticiper les chocs auxquels nous serons confrontés au cours des prochaines décennies.”

Tinder pour ceux qui ne veulent pas faire face à la fin du monde seul

Mais est-il possible d’être “collapsologue” et optimiste? “Prendre conscience de l’effondrement du monde relève plus de la lucidité que de tout ce qui peut être optimiste ou pessimiste”, insiste Dominique Py. “Que vous voyiez le verre à moitié plein ou à moitié vide, le plus important est d’essayer d’analyser la situation avec lucidité et de ne pas vous leurrer,” conclut-elle.

Les “collapsologues” ont déjà accepté ce précepte et il y a même ceux qui cherchent leurs semblables pour ne pas affronter la fin du monde seul. Un groupe a été créé sur Facebook pour promouvoir les rencontres entre ceux qui suivent les théories de l’effondrement de la civilisation industrielle. (Adoptez un collapsologue – Rencontrons-nous avant la fin du monde), la page fonctionne comme une sorte de Tinder pour les désillusionnés de la planète. Commencé comme une blague, il rassemble environ 3 000 membres et certains couples ont déjà obtenu leur diplôme. Beaucoup refusent d’avoir des enfants et se réfugient presque toujours dans les zones rurales, se préparant au pire.

Silvano Mendes
Publié le 26 juin 2019

One comment on “Adrastia au Brésil”

  1. Avatar Philippe dit :

    Je suis français résidant au Brésil et j’ai trouvé que le ton de ce texte donnait une bonne idée de la façon dont ces questions étaient traitées ici : avec ironie et légèreté en général. Le Brésil est dans une situation énergétique relativement favorisée, puisque d’une part la production électrique est relativement décarbonnée du fait de l’abondance d’hydro-électricité, et d’autre part la pénurie d’hydro-carbures n’inquiète pas beaucoup puisque les réserves nationales de pétrole “antésalifère” sont encore relativement abondantes, et les gouvernements successifs ont placé une certaine foi dans les biocombustibles issus de la canne à sucre. En outre, l’immensité du territoire et les richesses de ses sols et de ses terres reproduisent en quelque sorte le phénomène “Land of plenty” des États-Unis, avec une conscience écologique assez basse ou réservée aux plus aisés/éduqués.

    Il me semble pourtant que la spiritualité indigène qui infuse la culture brésilienne (surtout hors des mégalopoles) pourrait être profondément écologiste et notamment en phase avec les principes permaculturels. Mais… pour l’heure l’aspect “développement économique” semble être au premier plan de toutes les préoccupations, et seules quelques poches de population universitaires ou ‘d’alternatifs’ semblent vaguement se préoccuper des défis qu’Adrastia expose depuis plusieurs années en France.

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