Navigation dans la complexité, par Jean Ouimet

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3 avril 2015, contribution pour Adrastia de Jean Ouimet, chercheur sur la complexité et ex-chef du Parti vert du Québec (1989-1993)

Nous vivons une crise de civilisation dont l’issue est incertaine. Les changements climatiques et la 6e  grande extinction des espèces sont en cours, et nos dirigeants semblent incapables de prendre des décisions dans l’intérêt général de nos sociétés et de l’humanité toute entière : ils servent trop souvent les intérêts particuliers de ceux qui les ont mis au pouvoir. Et ceux-ci veulent ce statu quo qui leur est favorable. Mais de plus en plus de personnes constatent un déficit démocratique grandissant dans nos choix de société, des choix qui sont de plus en plus dictés par les milieux financiers.

Nous vivons dans une réalité complexe en laquelle notre survie est liée à notre capacité d’y naviguer. C’est ce que nos dirigeants n’ont pas saisi en essayant de tout gérer à partir de l’argent – comme si tout pouvait être réduit à l’argent. L’argent nous donne une information sur la valeur d’un bien ou d’un service, ce qui est insuffisant pour prendre une bonne décision si nous voulons considérer leurs impacts sur les êtres humains et les écosystèmes.

Peu importe l’avenir de la planète, nous devrons apprendre à maintenir, en tant qu’espèce et société, un équilibre dynamique – globalement et localement – avec les écosystèmes changeants de la planète. Pour ce faire, nous devons bien connaître les états des écosystèmes et les impacts de nos activités sur ceux-ci afin que nous respections leurs limites. Notre survie en tant qu’individu et espèce est liée à notre capacité de naviguer dans la complexité.

Cela veut dire, pour une personne, de prendre en considération les dynamiques qui nous affectent comme être humain. Nous pouvons les regrouper en dynamiques physique, chimique, biologique, conceptuelle et spirituelle. Les dynamiques physiques concernent, par exemple, les chutes, les accidents de voiture; les dynamiques chimiques : l’oxygénation, la consommation de drogues… ; les dynamiques biologiques comme la reproduction, la séduction; les dynamiques conceptuelles comme l’anticipation, le dogmatisme; les dynamiques spirituelles comme la conscience, la foi.

Pour une société qui veut obtenir plus de résilience, c’est-à-dire éviter les catastrophes et s’ajuster quand il faut encaisser, les dynamiques qu’elle doit prendre en considération lors de ses prises de décision peuvent être regroupées en 5 types : les dynamiques écologiques (concernant les forêts, le fleuve, etc.); les dynamiques sociales (concernant la culture, la santé, l’éducation); les dynamiques économiques (concernant les entreprises, les communautés); les dynamiques informationnelles (concernant les informations et les connaissances d’intérêt public et les réseaux sociaux); les dynamiques politiques (concernant la souveraineté populaire et la démocratie participative).

Notre survie dépendra de notre capacité à intégrer ces différentes dynamiques dans nos prises de décisions personnelles et collectives – tant dans les entreprises que les organisations diverses. Le développement de notre société pourra se donner plus de résilience en devenant respectueux des limites de la planète et de l’être humain. Et nous pourrons y arriver si, au moins, notre contrat social, notre démocratie et notre économie sont mis à jour pour qu’ils soient au service des citoyens plutôt que des financiers.

Une mise à jour de notre contrat social doit inclure un engagement collectif à respecter les limites de la planète et de l’être humain, un engagement articulé autour d’un partage des responsabilités entre les personnes, les organisations et l’État. Et ces responsabilités devraient porter sur les dynamiques qui affectent nos sociétés, à savoir : des responsabilités écologiques, sociales, économiques, informationnelles et politiques.

Une mise à jour de notre démocratie, pour qu’elle soit au service des citoyens plutôt que des milieux financiers, pourrait être axée sur des processus de démocratie participative – comme le référendum d’initiative citoyenne qui permet d’instaurer une souveraineté populaire. Ce processus de référendum décisionnel permet de neutraliser le lobbying des intérêts particuliers auprès du gouvernement : la population a ainsi le dernier mot, un droit de veto.

Et une mise à jour de notre économie pourra être obtenue avec la création d’une monnaie complémentaire. Elle nous permettrait de nous libérer du diktat des banques privées, d’investir dans la décontamination de notre environnement et susciterait la participation de tous à l’enrichissement collectif. Alors que les intérêts sur nos dettes écologiques se mesurent en maladies liées à la pollution de l’environnement et que les intérêts sur nos dettes sociales se mesurent en détresse psychologique, violence, criminalité, etc., une telle monnaie pourrait servir à transformer nos dettes écologiques (eau, air et sols contaminés, déforestation, etc.) et nos dettes sociales (analphabétisme, insécurité, maladies, etc.) en une dette économique à 0% d’intérêt.

Ces mises à jour de notre contrat social, de notre démocratie et de notre économie nous permettraient de mieux naviguer collectivement dans la complexité du monde et de mieux nous adapter aux multiples bouleversements climatiques et écosystémiques qui vont heurter nos sociétés.

Comprendre pour mieux décider !

 

One comment on “Navigation dans la complexité, par Jean Ouimet”

  1. Barbara Guy dit :

    Bonjour, je fais actuellement une maîtrise en sciences de l,environnement à l’UQAM et m’intéresse au concept de la décroissance dans une perspective politique. J’aimerais connaître quels sont les divers règlements pouvant être mis en place par des municipalités décroissantes et de quelles manières le cadre légal québécois est-il restrictif pour les municipalités désireuses d’aller en ce sens. Pourriez-vous m’aider avec cela? J’aimerais également être référée à certains intervenants du domaine politique de certaines municipalités phares en matière de décroissance.
    Je vous laisse mon numéro de téléphone au cas ou une conversation téléphonique vous semblerait plus simple: 450-985-****
    Merci de votre précieuse collaboration.

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