Édito Adrastia : 40 litres de pétrole = 4 ans de travail

Réduction des budgets de la culture, de la recherche*, loi travail, confrontations violentes entre les forces de l’ordre et la population, blocage des raffineries… comment lier et comprendre ces problématiques ?

Si nos sociétés semblent manquer désormais de perspectives, de projets politiques, économiques, sociaux, si elles paraissent même être de plus en plus instables, il faut nous questionner sur l’influence d’une des principales sources de puissance de nos sociétés : l’énergie, et en particulier le pétrole, la ressource la plus performante historiquement et la plus souple d’utilisation.

Selon les experts auxquels Adrastia se réfère, nous vivons aujourd’hui la rencontre de deux facteurs limitant le maintien du statu quo économique, sans parler même encore de développement : d’une part le Taux de Retour Énergétique baisse structurellement, puisque le pétrole est chaque jour qui passe plus difficile à extraire du sol (TRE : ratio d’énergie utilisable acquise à partir d’une source donnée d’énergie), et d’autre part le franchissement de nombreux « pics ». Franchir un pic pour une ressource signifie qu’après lui elle se fera quantitativement plus rare. Le pic des pétroles conventionnels a été franchi au niveau mondial en 2006, nous franchissons au cours des années que nous vivons le pic des pétroles non conventionnels (sables bitumineux, pétrole de schiste).

Nos sociétés se confrontent à l’augmentation du coût de leur approvisionnement en énergie (ce coût n’est pas directement lié au prix de la ressource sur les marchés, lire Gail Tverberg à ce sujet), et l’approvisionnement en volume finira intrinsèquement par baisser, sans retour en arrière possible.

Total Energy Use (1965 to 2100)

Estimation de l’évolution des approvisionnements en énergie, pour aller plus loin lire J. Laherrère

Pablo Servigne, co-auteur avec Raphaël Stevens de l’ouvrage Comment tout peut s’effondrer et membre du Conseil d’administration d’Adrastia, expliquait dès 2015 : « J’ai creusé le thème de l’agriculture post-pétrole et relevé des mesures : brûler un réservoir de pétrole revient à autant d’énergie que le travail d’une personne en 4 ans. De même, un litre d’essence revient à un mois de salaire ». Il ajoutait : « Les politiques ne veulent pas y croire ou en rendre compte, parce que le pic pétrolier ne vient pas assez vite, pourtant la situation d’urgence est déjà installée ! ». Ugo Bardi, contributeur à The Oil Drum et Président d’ASPO Italie, explique par ailleurs, à travers « l’effet Sénèque » comment une société qui passe le pic de ses approvisionnements en énergie devient plus instable et s’expose à un déclin économique plus rapide que sa croissance.

Nous comprenons alors aisément la crispation que nous ressentons aujourd’hui autour de la perte possible des acquis sociaux, de la baisse des revenus et de la précarisation du travail : chaque jour qui passe de la force et du temps de travail auparavant fournis par le pétrole disparaissent. Les machines elles-mêmes, si jamais elles devaient prendre une place plus importante dans notre économie, subiront aussi la restriction de l’approvisionnement en énergie dont elles dépendent. Il faut rappeler enfin que la transition énergétique censée nous affranchir des hydrocarbures, au-delà même du fait que ses résultats et perspectives soient aujourd’hui très discutées (augmentation du prix de l’électricité, baisse très relative des émissions de CO2…), concerne essentiellement notre approvisionnement en électricité, qui ne constitue en moyenne mondiale que 18 pourcents de la consommation d’énergie globale.

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Nous n’avons plus le choix, nous devons nous confronter à la réalité des limites physiques de notre monde, nous devons ouvrir les yeux sur les conséquences de la déplétion énergétique sur les grands enjeux politiques et économiques qui détermineront notre avenir.

Adrastia faisait en 2015 la synthèse prospective des problèmes écologiques que nous allons devoir considérer frontalement désormais. Cette conférence est chaque jour plus d’actualité, il est grand temps de commencer à « construire un déclin » :

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*Projet de décret annulé en date du 30 mai 2016

 

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