Élections présidentielles de 2022 : Un programme « collapsologiste » en avant-première !

Dans sa déontologie, l’association Adrastia indique “qu’elle se revendique apolitique, mais qu’elle pourra s’intéresser à l’étymologie du terme « politique » pour questionner les modes de gouvernance en période de crise et d’effondrement”.

L’article que nous publions aujourd’hui rentre parfaitement dans ce cadre. Sans définir de véritable programme, il s’agira de proposer des pistes de réflexion qui pourront servir à mieux anticiper des perspectives économiques, sociales et de gouvernance complexes, sensibles, fragiles, au cœur d’un contexte de risque d’effondrement de civilisation. Chacun pourra s’inspirer des idées rassemblées dans ce texte pour avancer.

Nous tenons à remercier Florin Malafosse pour son initiative et pour son travail de recueil d’information.

adrastia politique effondrement

Synthèse d’échanges proposée par Florin Malafosse, chargé de mission « Territoire à énergie positive » dans le Trièves (38), spécialiste en rien mais intéressé de près aux questions énergétiques en général et à la rénovation thermique en particulier.

 

« Printemps 2022, alors que 5 années de Macronisme s’achèvent douloureusement dans un climat social tendu, les signes de l’effondrement sont plus que jamais visibles : le système économique survit à coup de plans de sauvegardes massifs de la finance internationale, les canicules successives de 2019 et 2021 ont marqué une succession de 6 années consécutives les plus chaudes jamais enregistrées, et l’association Négawatt a renoncé à actualiser son fameux scénario de transition énergétique, qui ne permet plus d’issue satisfaisante à l’horizon 2050… »

Après une année de promesses électorales de tous bords, force est de constater qu’un certain nombre de problème de fond ont été très peu pris en compte alors que les enjeux qu’ils soulèvent sont très lourds de conséquences à moyen terme. Et le moyen terme, en 2022, deviendra vite du court terme.

Pourquoi une approche « collapsologiste »

Depuis 1972 et le rapport du club de Rome, nombre d’analystes pointent l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini, et les recherches sur la fin de la croissance se multiplient au rythme de l’émergence des premiers signes d’effondrement de notre société. Ceux-ci peuvent être environnementaux (crise de la biodiversité, réchauffement climatique, stérilisation des sols, raréfaction des ressources métalliques, énergétiques, etc…) ou sociaux économiques (crises financières, augmentations des inégalités, crises sociales cachées derrières des guerres religieuses ou la montée des extrémismes). C’est l’analyse croisée de ces facteurs qui fait la richesse de l’approche « collapsologiste »[1], qui s’intéresse à l’effondrement de notre modèle de société, et qui prouve que notre futur proche sera très… différent !

A la question du « quand ? » surviendra cet effondrement, la prospective réalisée en 1972 s’est jusqu’ici montrée étonnamment juste par rapport aux difficultés de l’exercice, et ces recherches annonçaient un effondrement global (y compris démographique…) aux alentours de 2030[2].

Un autre moyen pertinent de prendre la mesure de ces changements majeurs qui nous attendent est la lutte contre le réchauffement climatique engagée à dire d’élus depuis la COP21, c’est à dire en décembre 2015. La trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre a été chiffrée et validée au moins au niveau national.

A quoi s’est-on engagé ? À contenir le réchauffement global à 2°, ce qui est déjà lourd de conséquences sur notre environnement, et dramatique dans certains pays déjà peu gâtés en termes de climat. Pour atteindre cet objectif, la France doit diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, voire 6 selon certains experts, et pas en 2049, mais dès aujourd’hui car les GES s’accumulent et ces objectifs intègrent une baisse régulière de nos émissions. Le problème auquel nous sommes confrontés, c’est que nous ne savons pas bien découpler la croissance économique et les émissions de GES, en tous cas pas du tout à la mesure des enjeux. Le premier exemple criant : substituer les énergies fossiles par des renouvelables, et le parc de véhicule par des véhicules électriques est un tel effort industriel qu’il se traduirait à court terme par une augmentation substantielle de nos émissions, en complet désaccord avec les objectifs annoncés. Et cela sans aborder la question des ressources énergétiques et métalliques nécessaires à cet effort industriel, dont le coût financier et environnemental est exponentiel à mesure de leur raréfaction. Les engagements pris par nos représentants inscrivent bien la France dans une décroissance de ses émissions de GES et donc de son niveau de vie d’un facteur de 3 à 5 d’ici à 2050 (si tant est que nos représentants tiennent leurs engagements, mais c’est une autre question).

Étonnamment, l’ensemble des candidats à la présidentielle de 2017 promettaient la poursuite de la croissance, chacun à sa façon. Aucun n’a envisagé de préparer le pays aux chocs qui l’attendent, qui sont souvent bien identifiés mais pas toujours mis en lien, et qui impliquent une prise de conscience massive et des changements de comportements radicaux. D’où l’idée d’imaginer un programme électoral non pas de transition, mais de préparation à la résilience de la société française à une série de chocs l’amenant à une décroissance aussi forcée que brutale.

Une première ébauche collective

Le présent exercice n’est pas le programme d’un parti. C’est un travail collectif visant à illustrer la réalité d’un projet de résilience de société et à montrer la radicalité dans laquelle s’inscrit la préparation d’un avenir raisonnable à défaut d’être désirable…

Tout est parti d’une perche dans un groupe Facebook « Transition 2030 » dédié aux discussions  sur l’effondrement de la société thermo-industrielle : « Printemps 2022, vous êtes le candidat “collapsologiste” à l’élection présidentielle, quelles mesures promettez-vous aux français ? »

Voici une synthèse des propositions des membres de ce groupe, laissant la place à tous les contributeurs qui se sont emparés du sujet. Les contributions sont reformulées et parfois regroupées pour faciliter la lecture.

Si elles sont forcément incomplètes, elles permettent cependant de mesurer le travail nécessaire à un projet complet ! Je ne souscris pas personnellement à l’ensemble de ces propositions, parfois contradictoires, mais pour chacun des axes je vous propose une analyse, qui n’engage que moi, et j’essaie de proposer des pistes de réflexion qui méritent chacune un travail approfondi.

Agriculture-Alimentation

  • « réforme agraire : Retour à des parcelles agricoles de taille humaine (10ha, à moduler en fonction des cultures) en s’appuyant sur les SAFER, et investissement massif dans une conversion de l’agriculture parée à affronter un effondrement (évolution de la formation en agriculture mettant en avant les pratiques de permaculture, d’agroforesterie et les cultures anciennes, fonds de recherche agronomique plus en lien avec les savoirs traditionnels). »
  • « Remettre progressivement 10 millions de français aux champs sans mécanisation lourde par un meilleur accès aux terres agricoles pour des petits paysans ou les jardins vivriers, en proposant un plan de formation très large. »
  • « Réduire la part de l’élevage, et diminuer la part de viande dans l’alimentation. »
  • « Développer un système de polyculture-élevage et d’agriculture vivrière organique couplée à de grandes cultures mécanisées grâce à l’huile de colza avec des engrais fabriqués à l’énergie éolienne. »
  • « Imposer des tickets de rationnement sur la viande et autre pour forcer les gens à consommer moins de produits issus des animaux, tout en faisant un travail de pédagogie pour expliquer. »

On voit bien la cible, mais les modalités pour l’atteindre restent floues… Les objectifs visés s’appuient sur une révolution culturelle dans le secteur de l’agriculture à tous les niveaux, avec un avantage considérable : les exemples existent et fonctionnent il faut les systématiser.

La question du foncier est une préoccupation prioritaire étant donnée l’inertie de changement des systèmes fonciers. Les collectivités peuvent être un opérateur pertinent pour installer des fermes communales, permettre l’accès aux habitants à des parcelles dans des jardins partagés…

Quant à la part de viande : les cuisines collectives peuvent montrer l’exemple, et il faut réglementer plus durement l’élevage industriel pour que la qualité augmente considérablement, au risque d’une hausse des coûts qui doit s’accompagner de barrières douanières pour ne pas stimuler les importations de viande low-cost au détriment de nos exploitations. Les « tickets de rationnement » peuvent être une mesure annoncée pour un plus long terme, en accompagnement d’une forte sensibilisation aux impacts ne nos différents modes d’alimentation.

Aménagement du territoire / logement

  • « Fin de la métropolisation, pour permettre un exode urbain massif indispensable à la nouvelle donne agricole et éviter la scission du territoire en deux entités :
    • d’un côté de grosses métropoles connectées, desservies par tous les services, chères et vectrices d’exclusion sociale, très peu résilientes.
    • des périphéries rurales de plus en plus abandonnées, où sont peu à peu supprimés trains, soins médicaux, poste, écoles, commerces de base, mais qui sont les zones productives.»
  • « Rééquilibrer et mailler le territoire le mieux possible, en redonnant plus de poids à toutes les villes “moyennes” et en réorganisant des bassins de vie autour, à une échelle où une intelligence collective peut émerger et avoir prise sur un territoire et ses ressources. »
  • « Obligation de mettre des arbres partout en ville au maximum. Utiliser les toits comme champs urbains, végétaliser les parois des immeubles pour garder la fraîcheur dans les villes. Grand programme de protection de la biodiversité : plantation d’arbres par les scolaires, les habitants… »
  • « Sanctuarisation des terrains non bâtis par des taxes importantes sur les certificats d’urbanisme »
  • « Aide massive à la rénovation thermique basée au maximum sur des éco-matériaux et matériaux issus du recyclage (cartons – plastiques – tissus…) »
  • « Stopper les cimenteries et passer aux earthships pour le neuf ou autres habitats transitoires cellulaires. Imaginer une RT 2025 basses émissions. »
  • « Mobiliser les architectes sur la multifonctionnalité des bâtiments : Réfléchir, lors de la conception/ construction, aux différents usages d’un bâtiment, puis à sa réutilisation/destruction. Lorsqu’un quartier évolue, au lieu de multiplier les équipements, une crèche peut devenir au cours du temps une école, ou une bibliothèque, ou une ressourcerie, ou une ferme urbaine, etc… Tout ça doit s’apprendre en école d’architecture.

Les réformes de décentralisation ont encore de beaux jours devant elles, et les récentes politiques urbanistiques de densification sont peut-être déjà obsolètes. Reste à trouver un équilibre satisfaisant entre la réduction des trajets des habitants et la possibilité de cultiver en ville.

La construction neuve doit être considérablement ralentie, par des taxes et le gel des grands projets d’investissements publics, malgré la crise du secteur des travaux publics induite (et les pressions des lobbyistes du secteur…), pour favoriser les grands programmes de rénovation. Celle-ci doit s’appuyer sur des matériaux biossourcés afin de permettre le stockage de carbone et diminuer les émissions de GES des travaux : Un bonus/malus CO2 sur les matériaux pourrait être envisagé pour les rendre compétitifs.

Reste qu’à défaut de bâtiments performants, il sera toujours possible de mettre un ou deux pulls, ce qui reste le moyen le plus sobre de tenir au chaud les corps.

Mobilité

  • « Annoncer des limitations de vitesse à 30 en agglomération, 60 sur route et 80 sur autoroute dès 2030, et réduire immédiatement les vitesses à 30, 80 et 110 km/h. Ces annonces doivent arriver très rapidement pour que les constructeurs automobiles proposent le plus rapidement possible des véhicules plus légers, bien moins gourmands, et économes en ressources.»
  • « création d’un centre de R&D : rénovation et optimisation de véhicule existant low tech avec bridage du moteur à 80 km/h. »
  • « Fixer un plafond croissant pour l’immatriculation des véhicules thermiques (voitures, bateaux, avions), annoncer une limitation des cylindrées des voitures à 600 cc »
  • « Interdire immédiatement des courses automobiles, et plus largement des sports mécaniques, ou alors brider les véhicules à 600 cc sur des parcours adaptés »
  • « taxation des transports aériens, ou rapprochement progressif de la taxation du kérosène avec celle du diesel et de l’essence »
  • « Interdiction du financement public des nouvelles infrastructures de transport routier ou aérien »
  • « Mise en place d’une prime de 10000 € à qui rend son permis de conduire. Il n’y a pas de raison qu’on ait ce type de prime pour un véhicule électrique, alors que rendre son permis est un acte bien plus pertinent, et cela permet de se doter d’un vélo super efficace. »

L’idée de la prime au sevrage est intéressante dans la mesure où elle invite à radicalement changer de paradigme. Par ailleurs, un signal fort sur des contraintes très prochaine de réductions de vitesse et de puissance est le meilleur moyen de faire évoluer le parc de voitures vers de la sobriété. Plutôt que l’interdiction des sports mécaniques dès 2022, le bridage des moteurs peut permettre d’entraîner dans la démarche les fans de sport mécanique en leur apportant de nouveaux défis et en profitant de leurs innovations dans le domaine.

En tout cas il est impératif que les collectivités ne dépensent plus le moindre euro pour faciliter la circulation automobile ou aérienne et qu’elle se concentre sur l’entretien des réseaux, ferrés notamment. On pourrait même imaginer le développement  de voies ferrées sur les autoroutes  pour redéployer le train à des coûts moindres en infrastructures.

Gouvernance

  • « La première mesure pourrait-être une révision totale des indicateurs, à commencer par le PIB, et intégrant les externalités négatives dans l’évaluation des politiques publiques (création d’une « cour des comptes environnementaux ? ») »
  • « Le système démocratique a atteint un certain nombre de limites qui empêchent de mettre en place une politique efficace de résilience, il doit évoluer. Il pourrait être remplacé par des jurys citoyens tirés au sort pour toute décision, avec un panel équilibré d’hommes et de femmes, en fonction de l’âge et de l’origine géographique, ainsi que de la catégorie socio-professionnelle. »
  • « Plutôt que sans cesse se comparer à l’Allemagne ou au Royaume Uni, il serait pertinent de mobiliser d’autres modèles comme le Bhoutan par exemple pour ouvrir un peu le débat. »
  • « Le gouvernement, et ses ministères, pourront fortement s’inspirer de la feuille de route proposée par les Nations Unies avec ses 17 grands items[3]. »
  • « La France doit sortir de l’Union Européenne pour avoir les coudées franches.»
  • « Construire l’Europe de l’énergie. Penser conservation, coopération, long terme, union et intérêt collectif en opposition avec le système actuel qui favorise concurrence et dérégulation conduisant à la pénurie : aucun acteur n’a intérêt à investir, tous veulent une offre inférieure à la demande, garante de prix élevés, et de «retour pour l’actionnaire ». »

Sans rentrer dans le détail de l’évolution nécessaire de nos institutions, l’ouverture à de nouveaux modèles de développement ou des nouvelles manières de le mesurer impliquerait des débats surréalistes entre candidats mainstream et collapsologiste :

« Votre programme amènerait la France à la ruine économique ! Oui et je le revendique… »

Quant à la gouvernance internationale, entre aller vite seul, ou aller loin ensemble, il va falloir trouver l’équilibre. Il semble évident aujourd’hui que l’Europe telle qu’elle existe ne permet absolument pas de développer une politique de résilience à l’effondrement, alors à moins d’insuffler un vent de changement complet de modèle à l’échelle européenne, cela paraît difficile de s’appuyer sur cette institution.

Société

  • « Faciliter les jardins et maisons partagés, intergénérationnels, créer des « lieux communs » pour mutualiser au maximum les équipements (laveries, ateliers partagés, ludothèques…) »
  • « Interdiction de toutes pratiques polluantes non indispensable (feux d’artifices, sport automobiles, emballages plastiques, engrais et pesticides chimiques, publicité, chasses d’eau…) »
  • « Favoriser les écoles type Montessori ou autres pour apprendre aux enfants à être débrouillards et empathiques, ou s’appuyer dès aujourd’hui sur les écoles publiques en formant différemment les instituteurs et institutrices, ce qui pourrait être plus efficace. »
  • « Obliger le compostage en restauration collective, l’inciter fortement chez les habitants, en individuel ou collectif »
  • « Autoriser le suicide des personnes âgées et handicapées comme cela se fait à l’étranger, ou dit autrement assister la fin de vie, par exemple en proposant l’accueil dans des structures spécialisée »
  • « Réquisition des locaux tertiaires inutiles pour en faire des centres d’accueil pour réfugiés »
  • « Fin de la politique encourageant à faire plus d’enfants, avec une information maximum sur la contraception et le suivi après grossesse pour inciter à espacer les grossesses, pouvant aller jusqu’à une prime pour la vasectomie ou la ligature des trompes. »
  • « Promouvoir les fêtes dans les rues, l’art, les rencontres sportives de quartier, des équipements sportifs et culturels en accès libre, des ludothèques et bibliothèques gratuites et ouvertes en permanence.»
  • « Préparation des citoyens aux catastrophes en faisant la promotion des outils existants[4]

Les interdictions sont à manier avec des pincettes si l’on souhaite partager le plus largement possible un projet de société, pour autant certaines pratiques sont à abandonner peu à peu. Cela pourrait faire l’objet de débats nationaux permettant d’alerter sur les impacts réels de ces pratiques : préférez-vous des pubs dans vos boîtes, des feux d’artifices ou des courses automobiles ?

Quelques débats éthiques, sur la fin de vie notamment, évoqués de longue date mais sur lesquels rien ne bouge vraiment, permettraient de rendre plus sobre notre système de santé, là où aujourd’hui la tendance est parfois à la surmédicalisation. Cependant, il peut être pertinent de ne pas mettre en avant des postures sociétales clivantes qui ont tendance à masquer les débats de fond, au grand bonheur des médias (prime à la vasectomie…). D’autant qu’une contributrice alerte à juste titre que « donner des primes pour une atteinte invasive à l’organisme n’est pas judicieux au regard de conséquences de marchandisation de l’acte ».

Une question majeure de société n’a pas été abordée dans les contributions : la question des modalités d’accueil des réfugiés climatiques, ou même simplement économiques car l’un va souvent avec l’autre. A mon sens, les siècles de consommation des ressources des empires coloniaux, l’ingérence politique et économique qui accompagne encore la décolonisation aujourd’hui et notre contribution très importante aux dérèglements environnementaux que nous connaissons nous confèrent un devoir d’accueil sans limites. C’est un immense défi qui attend les futurs responsables publics, qui, s’ils échouent, risquent de se rendre acteurs d’insolubles conflits sociaux internes et entre États.

Approvisionnement énergétique – eau

  • « taxer très fortement et progressivement les énergies fossiles à la hauteur du nombre incalculable de coûts cachés qu’elles entraînent à plus ou moins long terme. »
  • « Sortir du nucléaire. Ce qui signifie donner une nouvelle tâche aux travailleurs du nucléaire : nous fabriquer les outils et les méthodes permettant de surveiller toutes ces usines pour les siècles des siècles… Cela évite de mettre tous ces gens au chômage et c’est encore eux qui savent le mieux comment ça marche. »
  • « Limitation arbitraire à 3kW de puissance électrique par foyer, afin d’organiser le rationnement et d’anticiper la pénurie »
  • « Prévoir à terme des cartes de rationnement de carburants. »
  • « Interdiction sévère de l’utilisation de l’énergie pour tout ce qui est luxe et loisir. »
  • « Taxer le mésusage de l’énergie (comme le mésusage de l’eau) »
  • « Nationalisation des forêts avec un plan de gestion global et soutenable. »
  • « Re-nationaliser EDF et GDF, en imposant un monopole garant de l’intérêt collectif. »
  • « Tarification progressive de l’eau. »
  • « doublement des réseaux de distribution d’eau : un pour l’eau potable et un autre pour les usages opératoire (lavages, arrosages etc).»

Brider la consommation, taxer davantage l’énergie, voire interdire certains usages est indispensable. Il est cependant dangereux de précariser les ménages les plus pauvres et cela implique de prendre des mesures complémentaires : paiement des charges du logement par le bailleur, ou interdiction du chauffage électrique pour les logements énergivores en location par exemple.

L’énergie, au même titre que l’eau, ou que la forêt, apparaît comme un bien commun dont la gestion doit revenir à la communauté. L’échelle nationale n’est d’ailleurs pas forcément la bonne maille pour la gestion des ressources qui peut être plus pertinente à l’échelle d’un bassin de vie. C’est finalement peut-être aux riverains de faire le choix du prolongement de la vie d’une centrale nucléaire plutôt qu’à l’Etat.

Ressources – Industries

  • « Standardiser 3 à 10 types de plastique pour permettre une gestion simple de son recyclage. Il faut rendre les usages plus nobles, et aller à l’essentiel dans leur composition, quitte à se passer des colorations inutiles. »
  • « Éviter le plastique dans tout ce qui est emballage et standardiser les formes de contenant en verre (blanc, pas de verre coloré pour faciliter le recyclage) et le garder pour des usages spécifiques[5]. ».
  • « Lutter contre l’obsolescence programmée par des lois de qualification de la production industrielle, et faire muter tout l’appareil productif pour passer à une économie de la réparation et de l’entretien. »
  • « Mettre en place des Cahier des Charges Énergétiques (Coût de construction / Coût de Vie / Coût de maintenance par pièce (si nécessaire) / Coût de Recyclage. Le tout avec des coefficients d’incertitudes et justifications, contrôlés par une Direction Générale des Audits Énergétiques. »
  • « Il faut que les entreprises proposent 3 types de maintenance (fin de vie) à leur produits :
    • Gestion interne de la maintenance et du recyclage de leur produits
    • Sous-traitance de la maintenance et du recyclage à des entreprises en leur fournissant des protocoles opératoires
    • Fourniture en open-source des manuels de maintenance et garantie des pièces de maintenance pour 10ans »
  • « Toute construction doit être conçu comme recyclable à l’échelle humaine. En appliquant ces principes on crée de nombreux emplois et de la R&D pour des dizaines d’années »

Il est peu probable que les consommateurs changent d’eux-même leurs habitudes d’achat vers des produits plus durables de manière massive. Le secteur de l’industrie doit donc être fortement réglementé pour améliorer la durabilité et les possibilités de recyclage des produits manufacturés.

Par contre, ces nouvelles normes vont à l’encontre des stratégies industrielles de la majeure partie des grands groupes aujourd’hui. Cela implique un véritable combat contre les lobbys industriels qui dépasse les frontières tant les échanges de produits manufacturés sont aujourd’hui mondialisés. Ces normes doivent impliquer un contrôle de la production de l’extraction des ressources au recyclage, en passant bien sûr par les conditions de production.

Le coût de ces produits manufacturés va en contrepartie augmenter considérablement, impliquant une sobriété forcée dans leur consommation. C’est cohérent avec la stratégie d’ensemble de réduction de la consommation mais peut vite impliquer un développement important des inégalités pour les ménages précaires.

Finances

  • « Prise en charge par les usagers des infrastructures routières et aériennes, en faisant financer l’entretien des infrastructures par les taxes sur les carburants ou les immatriculations. »
  • « Reprise en main des multinationales en s’assurant qu’elles paient effectivement les impôts qu’elles doivent en fonction de leur activité sur le territoire, et moratoire sur les aides indirectes via les crédits d’impôts, ou autres subventions. »
  • « Instauration d’une « règle verte » : on ne produit que ce que la nature peut renouveler et on taxe les importations d’objets vite obsolètes et considérés comme du gadget. »

L’argent ne manque pas vraiment pour financer un projet de sobriété au vu des immenses ressources financières des multinationales et de leurs actionnaires. Cependant, mobiliser ces fonds annonce de féroces batailles d’avocats en droit des affaires ! Un audit fin des financements publics indirects (plus de 3,4 milliards d’aides indirectes aux énergies fossiles en 2014[6]) doit être conduit, ainsi qu’un immense chantier de réforme des financements publics.

Par ailleurs, une diminution rapide de la consommation des ménages et l’arrêt brutal de certains secteurs va rapidement impliquer un chômage massif, en parallèle avec un renchérissement de nombreux produits de première nécessité. La répartition des richesses doit être donc complètement repensée avec des rémunérations de substitution (de type revenu universel ou revenu minimum d’existence) permettant à chacun de supporter les bouleversements annoncés dans les meilleures conditions possibles. Une période de transition pour chacun d’entre nous va être nécessaire pour nous former à de nouveaux métiers, pour repenser notre mode de vie dans un contexte radicalement différent. Cette transition doit être financée par une réforme fiscale exceptionnelle réduisant considérablement les inégalités et laissant le moins de personnes possible dans des situations de précarité extrême.

Stratégie de mobilisation

  • « Ne pas opposer l’action individuelle et collective, le survivalisme et l’atténuation-adaptation collective : tous les chantiers doivent être conduits simultanément. »
  • « Le changement est faisable sans oppression, par la formation en permaculture et la création d’emploi dans les secteurs qui deviendront indispensables (agriculture, rénovation…). »
  • « Passer par l’éducation pour ne pas avoir besoin d’interdire. En tout premier lieu : la connaissance. Éclairer avant toute obligation ou toute interdiction, en douceur avec bienveillance et diplomatie. Rendre palpable le réel, c’est déjà permettre de s’y préparer. »
  • « Inciter, éduquer plutôt qu’interdire, mettre en place un grand programme éducatif sur l’autosuffisance. »
  • « Se faire élire sur un programme assez standard, puis organiser une semaine de congrès national où tous les députés et sénateurs écouteraient des conférences d’une journée chacune de Jancovici, Jouzel, l’ex-ministre Cochet, Bihouix, etc. Le tout retransmis en direct à la télé, dans les facs, les lycées… En deuxième semaine on aurait chaque jour des séances de question-réponses entre experts et élus. En troisième semaine on discute des grandes orientations à donner au pays, etc. »
  • « Mettre en place des outils de mobilisations des élus avec des propositions concrètes, et faire chacun un travail d’information et de pédagogie »

Le cumul des interdictions et taxations ne fait pas un projet de société. Il faut nécessairement poursuivre les efforts de sensibilisation et d’éducation. Cependant, nous n’avons pas le temps nécessaire à la diffusion de la connaissance sur tous les points, et la construction d’une société un peu plus résiliente passe forcément par des privations de libertés, ou des taxes prohibitives.

Il est néanmoins nécessaire de construire un nouvel imaginaire collectif qui reste désirable, sans vendre un rêve impossible comme c’est le cas du système capitaliste actuel qui fait la publicité d’un niveau de vie insoutenable alors qu’il ne concerne qu’une frange marginale de la population mondiale.

Premières conclusions

L’économie est la grande thématique absente : qu’est-ce qu’une économie de décroissance, et cela existe-t’il ?

Est-il possible de plafonner drastiquement les revenus pour éviter la surconsommation ? Peut-on réquisitionner d’office les richesses superflues pour financer un revenu minimum décent à toutes les personnes qui auront vu disparaître leur emploi ? Les inégalités liées aux dégradations de l’environnement et à l’épuisement des ressources s’ajoutent aux inégalités de revenus ou de capital, elles impliquent que les plus gros pollueurs ont en même temps les meilleurs moyens pour se prémunir des dangers des pollutions, qui vont affecter directement la santé et la survie des plus modestes. Un accès contraint aux ressources alimentaires ou énergétiques va incontournablement rendre ces inégalités insupportables, imposant aux victimes de ce système des moyens de rebellions nécessairement violents.

La lecture de ces propositions montre déjà une limite de l’exercice : une « politique de l’effondrement » est inenvisageable dans le contexte économique, et un (très hypothétique !) succès électoral provoquerait probablement lui-même un effondrement économique majeur, qui ne manquerait pas de s’étendre à un certain nombre de pays interconnectés avec notre économie.

Cela pose une question sous-jacente : assume-t’on un effondrement « volontaire » avec le maigre espoir d’en maîtriser collectivement certains impacts, ou continue-t’on d’attendre passivement un effondrement structurel en s’y préparant chacun de son côté ?

Selon moi c’est un non-choix : l’inaction d’aujourd’hui aura un coût incalculable demain, et la sobriété est impossible sans un changement radical de fonctionnement de notre pays.

L’exercice n’est pas achevé (si tant et qu’il puisse l’être), si la lecture du texte vous inspire un commentaire ou une contribution, envoyez vos réactions à deuxmillevingtdeux(at)ntymail.com

Ils ont participé aux échanges et donc contribué à cette synthèse

Iñaki Nologs, Aristide Lepoulet, Wal Exis, Culture du Code, Thierry Wagner, Hortensia Mamina, Arni Marni, George Appleton, NiCo LapSe, Stéphane Huguenin, Steph Drumsplanet, Jean Baptiste, Cynthia Ugazzi, Sam Cattanéo, Vincent Mouret, Myriam Fernández de Heredia, Christophe Netillard, Cyrille Bechet, Jean-Philippe Beaucher, Christian Lepretre, Rudy Dubosc, Pierre Lanéry Guarani Kaiowá, Susana Rivera, Erik Nordahl, Pascal Sodium Potassium, Olivier Marechal, Frédéric User, Paul Leluc, Alex FullvibesOlivier Khai, Benoît Noel, Arnauld Leportier, Romain Captier, Steph Drumsplanet, Aymeric David, Sylviane Toutcourt, Anne Gallet, Antoine Fernandes

[1]    D’après « Comment tout peut s’effondrer », Pablo Servigne et Raphael Stevens, ed. Seuil, 2015 : La collapsologie est « l’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur les deux modes cognitifs que sont la raison et l’intuition et sur des travaux scientifiques reconnus ».

[2]    « Les limites à la croissance (dans un monde fini) » Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers, ed. Rue de l’Échiquier, 2012

[3]    http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/69/L.85

[4]    http://www.gouvernement.fr/risques/se-preparer-en-toutes-circonstances

[5]    D’après « L’âge des low tech », Philippe Bihouix, ed. Seuil, 2014

[6]    http://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=FFS_AUS

7 comments on “Élections présidentielles de 2022 : Un programme « collapsologiste » en avant-première !”

  1. Jonathan Foucourt dit :

    C’est un article tout à fait pertinent sur bien des points, beau travail! Il y a quelques propositions qui me paraissent discutables, à améliorer ou à préciser, mais beaucoup me semblent juste. C’est une ébauche.

    – Soutenir le sport non-compétitif, collaboratif.
    – Rendre la recherche réellement indépendante.

    1. Florin Malafosse dit :

      Des idées pour rendre la recherche réellement indépendante ? proscrire les financements privés ?
      Merci pour votre retour

      1. Mathieu G dit :

        Bonjour,

        Pour rendre la recherche indépendante, je pense que l’interdiction des brevets pourrait être une piste intéressante. Il faut développer un état d’esprit Hacker / open source dans l’ensemble de la recherche et permettre à toute découverte d’être directement dans le domaine public.

  2. Bruno dit :

    Il y a un problème essentiel qui n’est pas traité dans cette très intéressante synthèse. C’est la racine de tout le mal, le circuit monétaire.
    Quand je lis qu’il faut limiter les constructions neuves par exemples, c’est un mauvais projet, pour deux raisons.

    La première, sur la consommation de CO2. L’écoconstruction de bâtiments neufs à base de matériaux locaux telle la paille, la terre, le bois, peuvent être bien moins énergivore que la rénovation de bâtiments déjà existants. Quand à l’idée de sacrifier le confort, c’est même pas utopique, c’est inenvisageable. Autant rejoindre Macron sur son projet de normes à deux vitesse en fonction de la classe sociale de ceux qui y habiterons !

    La seconde, c’est que de la façon dont fonctionne notre économie, et plus précisément l’émission et la destruction de la monnaie, faire moins de construction, c’est moins de crédit. Moins de crédit, c’est la raréfaction monétaire, et un brusque ralentissement de l’économie.

    L’ensemble de la monnaie aujourd’hui disponible dans le circuit économique provient du crédit. Si on rembourse tous, tous nos crédits, il n’y a plus d’argent en circulation. Pire, il manque les intérêts, qui ne pourront être remboursés que si chaque année, on emprunte plus qu’on rembourse.

    Il faut premièrement se réapproprier l’émission d’argent de façon à ce que les projets qui soient décidés ne finissent pas par avoir un impact négatif au delà de celui qu’on imagine. Et qu’on limite la sortie d’une partie de la monnaie qui rentre dans le circuit des marchés, appauvrissant l’économie réelle deux fois. Une première fois en retirant de l’argent pour le capitaliser, la seconde fois avec les effets de cette capitalisation, c’est à dire la recherche du profit au détriment de la force du travail qui le créé.

    1. Florin Malafosse dit :

      Bonjour,
      Merci pour cette analyse, que je ne partage pas complètement. Concernant la construction neuve, elle peut être moins consommatrice si elle est éco-conçue mais dans les faits ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui. L’éco-construction de maison individuelle reste très consommatrice de terres agricoles et donc peu pertinente, surtout au regard des très nombreux logements vacants.

      Quant au risque de ralentissement de l’économie, c’est malheureusement (ou pas) un effet collatéral de la majeure partie des propositions énoncées ci-dessus.

      Par contre je ne maîtrise pas bien les aspects de création monétaire et ne saisi pas en quoi cela facilite la résilience, en tout cas pour ce qui est des monnaies complémentaires annexées à l’euro. Je suis preneur de contributions à ce sujet.

  3. anne jordan dit :

    connaissez vous ” Voyage en misarchie ” d’Emmanuel Dockès ?
    https://autogestion.asso.fr/voyage-en-misarchie-essai-pour-tout-reconstruire-emmanuel-dockes/
    sous forme de roman , il traite d’a peu près tout ce que votre travail ci dessus présente,
    en allant dans les moindres détails !
    une société non coercitive et résiliente…
    Merci pour votre excellente compilation et vos propositions qui méritent qu’on y réfléchisse longuement : j’y retrouve mes préoccupations d’il ya …45 ans !
    ainsi que les réflexions des O de C et des partisans du tirage au sort , même la partie finance est tout à fait proche de la France Insoumise !
    bref , nous vivons dans un tourbillon d’ idées , d’alternatives et d’expériences que la collapsologie rend urgentissime , merci encore !
    je transfère et je continuerai à vous suivre .

  4. Bruno dit :

    En complément je vous conseille vivement les travaux et réflexion du Collectif Un Projet de Décroissance : http://adrastia.org/manifeste-pour-une-dotation-inconditionnelle-dautonomie/
    http://www.projet-decroissance.net/
    Et aussi les excellentes conférence de Vincent Liegey. Par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=6uUlzhqLDAQ

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