Plan d’amortissement des chocs d’effondrement

L’effondrement. Vous venez peut-être de prendre conscience de ce risque, de notre vivant, pour notre société et civilisation. Mais vous vous sentez pris dans « le système », incapable de tout quitter et vous lancer dans la permaculture ou un délire survivaliste. Je vous propose un « plan individuel », pas une « solution » à un effondrement, mais une sorte d’assurance qu’on espère tous à fonds perdus, et dont le seul objectif est hautement stratégique : rester capable de faire société.

Je suis un citoyen lambda, plutôt aisé, ingénieur et entrepreneur, maison, famille nombreuse, les deux pieds dans le système, le bon hamster dans sa roue en fait.

Dissonance cognitive

Je suis conscient et documenté depuis dix ans sur le (fort et inévitable) risque d’effondrement de notre civilisation. Depuis dix ans, je réfléchis, je procrastine, car il n’est pas si évident de « débrancher la prise ». En effet, le constat est simple, froid, factuel : au premier ordre de grandeur, réduire son impact environnemental, c’est s’appauvrir. Je l’ai tourné dans tous les sens, j’ai beau manger bio, rouler à vélo, faire mon bilan carbone… j’agis sur des chiffres après la virgule. A la fin, pour être significatif, il faut gagner moins (1) (2).

Alors quoi ? J’arrête la croissance de mon entreprise informatique ? Je vire mes sept collègues ? Je vends la maison en ville et pars faire de la permaculture et de la construction écologique avec femme et enfants ? Pas si simple. Pas pour tout le monde. Pas pour moi. Un ami ingénieur l’a fait, en partie à cause de moi, chapeau. Mais moi, je n’ai pas le courage. Blâmez-moi si vous voulez, mais c’est comme ça et nous sommes nombreux dans ce cas. Et c’est pour nous que j’écris ça. Notre problème, c’est qu’on n’est pas pour autant dans le déni. On sait, on voit clair, on garde les yeux ouverts et on continue à pédaler dans un système qui « a déjà passé le bord de la falaise » comme a dit Dennis Meadows à Pujadas un soir de 2012 au JT de 20h ! Et dans Libération (3). Je suis un collapsologue amateur, mais je suis un expert en dissonance cognitive, croyez-moi !

Voilà, le tableau est planté, peut-être est-ce le vôtre aussi : vous savez, mais vous ne débranchez pas tout. Tel Edouard Philippe, premier ministre ayant lu « Effondrement » de Jared Diamond (4), la question est pour vous « obsédante » ! N’est-ce pas ? Alors que fait-on ?

J’ai un plan !

J’ai une proposition. Oh, pas bien grande, pas bien ambitieuse, pas d’envergure sociétale, mais l’idée est de rester sur deux jambes et donc continuer à faire société dans la tourmente. Alors ce n’est déjà pas si mal.

Comparaison. Quand vous risquez un accident de la vie, même peu probable, c’est simple, vous prenez… enfin, on vous impose, une assurance !

Et moins le risque est probable, plus vous en avez. Par exemple pour votre habitation, vous devez être couvert contre inondation, incendie, catastrophes naturelles, attentat et terrorisme (quésaco ?). Et vous en avez tellement sans le savoir qu’il y a même des applis pour trouver les doublons dans vos contrats !

Mais si vous demandez à votre courtier une « assurance multi-risque anti-effondrement de civilisation »… c’est sûrement juste pour voir sa tête.

Tsunami

Bref, je vous propose justement un « Plan d’Assurance Multirisque antichoc d’effondrement ».

Le hic ? Il va falloir le faire vous-même !

Combien ça coûte ? Trop cher, comme toutes les assurances… surtout pour des trucs incertains.

Mais à bien y réfléchir, combien avez-vous dépensé en assurance depuis le début de votre vie et pour quels risques réels ? Maintenant, pensez au risque de chocs divers liés à l’effondrement de notre société pendant la suite de votre vie… je suis sûr que vous dépenseriez largement plus pour vous en prémunir !

Ok, un Plan d’Assurance pour assurer quoi ?

L’objectif ici n’est pas d’avoir un « plan de vie » continu, mais un « pare-chocs multirisques » parce que pour la vie quotidienne, il faut gérer des flux et non des stocks, mais pour le transitoire, il vaut mieux avoir un peu de gras, quelques trucs et astuces…

Au même titre qu’une assurance n’est pas un salaire, mais un matelas financier pour amortir le choc d’un sinistre, ici le plan proposé ne s’inscrit pas dans la durée mais vise à mieux encaisser les chocs d’une situation transitoire associée à un processus d’effondrement de notre civilisation. Je le rappelle : le processus d’effondrement ne sera sûrement pas homogène, ni instantané, ni en pente constante, mais plutôt graduel, avec des sursauts sans doute brutaux mais épisodiques vers une situation éventuellement plus dégradée.

Ce plan ne traite donc que les « sursauts », les « chocs transitoires ».

J’insiste pour éviter toute confusion.

Il est « non-survivaliste » mais « amortissioniste » !

Par ailleurs, il y a cette coutume chez Adrastia : celui ou celle qui parle de « solution » a un gage !

Enfin, j’ai parfaitement conscience que je vous propose de dépenser votre argent « à perte » comme une assurance, et qu’il s’agit donc d’une proposition pour privilégié comme moi. C’est à dire, malheureusement, encore et toujours plus facile pour ceux qui ont déjà « les moyens ». La proposition est de fait inégalitaire. La situation face à l’effondrement est déjà très gravement inégalitaire dans le monde aujourd’hui. Je regarde l’effondrement avec un prisme « de riche ». Et ce n’est pas aussi simple pour tous, même en France. Néanmoins, chacun devrait considérer les idées présentées plus bas en fonction de ses moyens du moment. Que vous soyez nanti ou non, il faut considérer qu’un jour, la préoccupation quotidienne pourrait occulter les critères actuels du « pouvoir d’achat ».

De quoi parle-t-on ?

Amortir les chocs donc. Mais quels chocs ?

Sans faire preuve d’une grande imagination, il suffit de regarder l’histoire et ses chocs liés à diverses formes ou étapes d’effondrement (Grèce, Cuba, URSS, France seconde guerre mondiale…). Si on veut théoriser un peu, on peut se référer à Dmitri Orlov et ses « cinq stades de l’effondrement » (5) qui est à la fois une analyse de cas historiques et un manuel pratique de différents chocs. Une bonne source d’inspiration, tout comme ses divers articles disponibles aussi en français.

À partir de différentes sources, on comprend vite qu’il y a différents stades d’effondrement dont il faut encaisser les chocs : des chocs financiers (bancaires, liquidités, dette, inflation), économiques (chômage de masse, approvisionnement, pénuries, marché noir), environnementaux (sécheresse, électricité), sans aucun doute avec des liens et des combinaisons aggravantes.

Le propos ici est de considérer qu’entre deux chocs, l’état ou toute autre organisation locale arrive à rétablir un minimum d’ordre et de services vitaux.

Je propose donc d’aborder les chocs suivants avec leurs contre-mesures associées :

  1. Chocs financiers « de base »

  2. Chocs financiers aggravés avec krach économique profond

  3. Chocs économiques corollaires des deux premiers

  4. Chocs environnementaux

PLAN CASH : chocs financiers

Types de crises de référence : post-2008, Grèce et Chypre en Europe

Situations possibles :

  • Les banques sont en faillite ou à grand risque, crise de confiance, crise de liquidités, crise de la dette.

  • Les banques ferment temporairement (comme en Grèce en juillet 2015 ou à Chypre), les mouvements d’argent sont bloqués, les retraits en liquide sont restreints (60€/jour pendant trois semaines en Grèce), voire les placements sont ponctionnés. Pour rappel, aujourd’hui en France, les dépôts en banque ne sont garantis que jusqu’à 100 000 € par banque, et c’est le genre de réglementation qui peut vite s’adapter quand l’urgence d’état se présente.

Cette situation ne relève pas de la science fiction et l’exemple de la Grèce ou de Chypre est très proche dans le temps et l’espace…

Crise grecque

Voici un extrait d’un reportage d’août 2015 sur le vécu des Grecs (6) :

La fermeture des banques, décrétée le 28 juillet dernier et longue de trois semaines fut un traumatisme pour la population grecque. Pendant cette période, les distributeurs n’étaient disponibles que pour un retrait maximum de 60 € par jour. Les familles ont ainsi dû s’organiser et se serrer la ceinture. Depuis 2008, de nombreux grecs ont dû adopter ce comportement au quotidien, mais lorsque les banques ont fermé, la population entière a été mise à rude épreuve.

Hélène a vécu cette période difficile :

« Pour nous, cela faisait deux ans que l’on avait mis des économies de côté pour partir en vacances à Corvo (Portugal). Environ deux mois avant la fermeture des banques, nous avons retiré ces économies de la banque pour les mettre dans une boite. Quand les banques ont fermé, on s’est rendu compte que l’on avait plus d’argent et on a utilisé l’argent de cette boite ».

Si vous n’avez pas anticipé un retrait suffisant à l’avance, le choc est plus dur. Le quotidien avec des banques fermées se joue avec de la monnaie liquide et il est probable qu’un commerçant n’ait pas très envie de se faire payer en CB vers une banque qui lui refuse aussi de retirer son argent !

Pas de liquide, pas de patates.

Dans le même ordre d’idée, si toute votre épargne est stockée en banque, pire, en assurance-vie, non seulement vous ne pourriez pas en disposer, mais en plus elle est à risque de confiscation. Un certain nombre de mesures sont déjà en place. L’État cherche à limiter les liquidités, mais si le système flanche, et que c’est avec vos liquidités qu’on l’a solidifié… ça ressemble plus à une évaporation !

Voici un point de vue d’un « expert » de ces questions (7) :

« En supprimant les liquidités, il semble à l’État qu’il diminue les risques d’un krach financier. En plus, il place l’ensemble des avoirs des Français sous la baguette de ses comptables : ceci est fondamental pour rétablir une balance structurellement déficitaire, rembourser des emprunts trop massifs, faire front à des besoins inattendus (exemple : l’impôt sécheresse de 1976 ; dès aujourd’hui, la lutte contre la submersion littorale en France − encore non chiffrée – ; les 1,2 milliard de dégâts à Saint-Martin après le cyclone de septembre 2017 etc.). En outre, la loi Sapin II (2016) permet au gouverneur de la Banque de France de « retarder ou limiter », « en euros ou en unités de compte », les retraits de l’assurance-vie… les rachats eux-mêmes de portefeuille peuvent être interdits pour six mois. Et, en effet, les épargnants français détiennent une bonne partie de la dette publique (43 %), via l’assurance-vie. Autre limitation passée inaperçue des retraits en liquide : dans un bureau de poste autre que celui de votre domicile, vous ne pouvez plus retirer que 800 euros. »

Et finalement, indépendamment de toute question de rentabilité, il semble moins risqué de disposer d’économies en or métal qu’en assurance-vie face à un choc pouvant entraîner une confiscation par l’état pour faire face à ses dettes.

Cette source un peu orientée mais au raisonnement très intéressant (8) argumente dans ce sens :

« Rien que pour la France, la dette de l’État officielle, et sans compter le « hors bilan », est de plus de 2 000 milliards d’euros.
Les Français, eux, détiennent quelques 2 500 tonnes d’or, disons à 40 000 euros le kilo, cela nous fait pour simplifier au mieux 100 milliards d’euros… contre une dette de 2 000 milliards d’euros environ.
Une goutte d’eau. Mais pour récupérer cette goutte d’eau, il faudrait s’appuyer sur les services de l’État devenus indigents et bien trop occupés par ailleurs tout en sachant que cela ne réglera rien.
L’autre solution consiste à aller chercher d’un clic de souris entre le samedi et le lundi l’épargne financière des ménages qui représente plus de 4 000 milliards d’euros. Simple, facile, efficace. Vous vous réveillerez un lundi matin avec France Info vous expliquant que votre épargne a été divisée par deux et que les 50 % manquant ont été transformés en bons du Trésor français à cinquante ans… qui vous seront remboursés un jour… peut-être. En plus, vous direz merci.
Cela est nettement plus probable que la réquisition de l’or des ménages. Vous êtes donc plus susceptibles de vous faire réquisitionner vos avoirs sur vos comptes en banque, que votre or planqué au pied du vieux chêne. »

Donc une épargne en or semble moins confiscable qu’une assurance-vie. Néanmoins, il faut comprendre qu’on ne parle pas de la même chose qu’au début : on n’achète pas ses patates au marché avec des louis d’or ! Ce n’est pas le même besoin.

L’épargne, c’est pour les extras ou les coups durs, là on parle plutôt de coup dur et il semble qu’il vaut mieux avoir de quoi se financer directement sous le matelas…

Enfin, un dernier détail s’il faut gérer les priorités d’utilisation de ses euros, si vous avez un prêt en cours, il faut savoir que cette dette est extrêmement pérenne. Même si votre banque fait faillite, ses créances (votre dette) sera revendue avec les meubles et qu’il faudra toujours rembourser quelqu’un. Du coup, disposer d’un maximum d’options de modularité (réduire les mensualités, mettre le remboursement en pause quelques mois…) peut-être un bon moyen de faciliter ces périodes difficiles. Et avoir quelques traites d’avance directement dans la banque à rembourser peut-être aussi prudent.

Finalement, voici les contre-mesures du plan d’action « CASH » :

  1. Disposer d’un petit matelas de liquide, selon les budgets et trains de vie de chacun, mais un à deux mois de salaire (ou de vos dépenses courantes) en liquide pourraient être pertinents.

  2. Disposer d’une épargne hors banques, du métal semble classique, or, argent en petites unités (on peut le faire aussi directement avec des billets de banque, mais la suite explique pourquoi je parle d’or dès ce stade). Évidemment, le montant est propre à chacun, mais l’idée est d’avoir de quoi couvrir un coup dur (à chacun d’évaluer ses craintes) ou un projet !

  3. Endettement : Disposer d’une modularité du prêt et pouvoir « geler » les remboursements quelques mois. Si possible avoir quelques traites d’avance dans la banque où le prêt est remboursé.

Certes, ce sont des mesures purement financières… mais pour des chocs financiers, pas de miracle. J’ai les deux pieds dans le système comme je vous disais !

PLAN KRACH : Chocs financiers aggravés

Types de crises de référence : URSS, Venezuela, Argentine, Allemagne années 30.

Situations possibles :

  • Perte de confiance dans la monnaie

  • Difficulté à pouvoir payer ses besoins quotidiens avec son salaire en euros à cause de l’inflation
  • Accroissement massif de la pauvreté
  • En lien avec la gestion de l’inflation : émeutes, vidage des magasins, indisponibilité des denrées et consommables de base

  • La dette passée s’évapore : rembourser un prêt n’est plus un problème si on a des richesses hors monnaie

Toutes sortes de désagréments surviennent dans ce type de krach financier. Mais le bon sens donne quelques idées du type :

  • Ce n’est pas avec de l’or qu’on pourra gérer son quotidien, faire son marché, même si plus personne ne veut des euros !

  • Avec ce type de perturbations, chacun aura sans doute mieux à faire de ses maigres revenus que de rembourser ses dettes. La relative bonne nouvelle de l’inflation, c’est qu’avec le temps qui passe la dette aussi se dévalue et elle pourrait être plus facile à rembourser, si on est encore solvable. Par exemple, grâce à une épargne hors banque et hors monnaie (c’est là que l’or peut avoir une pertinence si on n’en a pas eu besoin avant, et qu’il n’était pas stocké à la banque !).
  • On a vu dans les cas historiques que la pauvreté s’accroît gravement. La débrouille devient nécessaire, des monnaies locales et des « SEL » (Systèmes d’Échanges Locaux), comme en Argentine en masse en 2001 (9) se développent mais ne font pas tout. Selon la gestion politique de la crise, des mouvements de panique ou d’émeutes peuvent survenir avec des pillages et de toute façon interviendront des restrictions dans ce qui est encore disponible à l’achat. Il faut donc avoir « une monnaie d’échange », c’est à dire sûrement envisager du troc pour de la nourriture.

Contre-mesures du plan d’action « KRACH »

  1. Disposer d’alternatives à la monnaie pour un quotidien en troc : objets pratiques du quotidien destinés au troc (cf. liste d’idées)

  2. Disposer d’une alternative aux euros : on revient sur l’or pour du stockage à long terme (quelques années)

Liste d’objets propices au troc (exemples) :

  • Briquets
  • Rasoirs
  • PQ
  • Serviettes hygiéniques
  • Couches-culottes
  • Cotons-tiges
  • Savons de base et savons « luxe »
  • Parfum
  • Quelques dizaines de litres d’essence
  • Médicaments de base
  • Préservatifs
  • Produits d’entretien primaires
  • Alcool de renom
  • Lampe à manivelle ou rechargeable
  • Radio à piles, solaire
  • Ciseaux
  • Bougies
  • Lait en poudre (conservation ?)
  • Calculettes solaires
  • Stylos, crayons, carnets
  • Chambre à air de vélo, rustines et colle
  • Gants de travail (cuir)
  • Toutes sortes de récipients

D’ailleurs, il suffit de dévaliser chez l’épicier du coin le petit rayon d’objet du quotidien pour être dans le vrai puisqu’il s’agit bien de ce qui se vend le plus au jour le jour. Et qui manquera le plus.

PLAN DISETTE : Chocs économiques

Situation possible :

  • Plus d’emploi dans la famille et donc plus de revenus stables

  • Problème d’approvisionnement des commerces (transitoires avec les effets rush) et rationnement

  • Problème d’approvisionnement en énergie (essence, gaz) et coût de l’énergie (électricité), rationnement

  • Médecine essentiellement « hors circuit santé institutionnel »

Ces perturbations sont logiquement conséquentes aux chocs financiers précédents. Elles peuvent durer plus ou moins longtemps selon la gestion politique de ces dégradations des conditions de vie dans le pays. Par exemple, pendant la seconde guerre mondiale sous l’occupation en France, période de restrictions, ma grand-mère qui l’a vécu m’expliquait qu’absolument tout le monde cultivait son jardin. Côté américain, la communication d’état a lancé les « Victory Gardens » (10) pour encourager la population à cultiver son jardin pour nourrir le pays en soutien à l’effort de guerre et cela a représenté jusqu’à 30 % de la nourriture ! Cuba également, pendant sa « période étrange » des années 90, un effondrement éclair à la chute du bloc soviétique, a converti tous ses espaces publics en potagers collectifs. Donc le jardinage est clairement une contre-mesure éprouvée à la restriction de l’approvisionnement alimentaire. L’inconvénient, c’est que ça ne se déclenche pas en deux jours ! C’est un plan à préparer aussi. Et si on a beaucoup parlé d’argent jusqu’ici, il s’agit maintenant de parler de connaissances et compétences.

Victory Gardens
Les “jardins de la victoire”

En cas de disette subite (perte de revenus, rationnement, mouvement de panique et rush sur les magasins), il peut être prudent d’avoir jusqu’à deux mois de stock de nourriture chez soi. Mesure de précaution tout à fait ordinaire il y a quelques décennies seulement, mais qui nous fait passer pour des survivalistes saugrenus aujourd’hui. Même la Suède a communiqué récemment (21 mai 2018) sur ce type de mesures de précaution à toute sa population ! (11)

Évidemment, ce n’est pas deux mois de stocks qui vous aideront si la disette dure trois mois… mais ça donne un peu de temps pour se retourner, et raviver le potager précédemment vanté.

D’ailleurs, quelques outils (pour du troc ou du renfort) et objets pratiques seront nécessaires et à anticiper pour une période contrainte dans l’approvisionnement en produits et énergies. Voici quelques idées ci-dessous.

Enfin, puisqu’on parle de gagner du temps pour s’organiser, s’échanger des outils, services ou productions maraichères localement. Il ne faut pas oublier de tisser des liens avec ses voisins, entretenir ses amitiés locales bien en amont de toutes ces crises ! Je ne vous fais pas un plan d’action pour inviter les autres à boire des apéros et les aider à bricoler…

Contre-mesures du plan d’action « DISETTE » :

  1. Disposer d’un stock alimentaire de base pour quelques semaines : pâtes, riz, farine, sucre, huile, sel, lentilles, miel, conserves de sauce au jus de viande, lait en poudre, conserves de sardines et pâtés, conserves de ce qui vous plaît finalement…
    Ça ne vous fera pas long feu, mais avoir le ventre plein libère le temps et l’esprit pour préparer la suite.

  2. Amorcer un potager ! Et disposer d’un stock de graines serait prudent, pour usage et échanges.
    Facile à dire si on est en appartement, mais même en minis-bacs de balcon, c’est un savoir-faire, une habitude, qu’il faut acquérir.
    Et quand on le peut, pourquoi ne pas commencer à faire ses conserves, accueillir des poules…

  3. S’outiller pour gérer cette activité de base : outils de maraîchage largement en doubles (troc ou renfort !), bocaux et joints, sachets à vide et pompe, bidons, bottes (troc ou renfort !), chaussures, batterie de cuisine solide

  4. Tisser des liens locaux et les entretenir. Dans sa rue ou sur son rond-point, les solidarités essentielles et existentielles de demain se construisent dés aujourd’hui.

PLAN OASIS : Chocs environnementaux

Le réchauffement climatique est déjà une réalité, même sous nos latitudes. Et ce que l’on constate aujourd’hui est le résultat des émissions d’il y a quarante ans ! Les quarante prochaines années sont donc aussi déjà écrites et ça ne sent pas bon…

Situation possible :

  • Faibles précipitations, nappes au plus bas

  • Restriction de l’usage de l’eau potable

  • Coupures électriques à cause de niveaux d’eau de barrages au plus bas et d’arrêt de nombreuses tranches nucléaires pour des problèmes de refroidissement avec les fleuves (eau trop chaude en entrée ou en sortie), pas plus tard que cet été 2018 avec cinq réacteurs (12).

On pourrait considérer qu’on peut se passer d’électricité. Soit. Mais je raisonne toujours depuis ma situation « les deux pieds dans le système » : je ne cuisine pas aujourd’hui sans électricité (four, plaques, frigo), je ne travaille pas sans électricité, je ne lave pas mon linge (facilement, pour cinq) sans électricité… Je considère aussi comme non négligeable l’occurrence de black-out tout à fait soudains liés à des évènements climatiques. Donc oui pour une gazinière stockée dans le garage avec deux bonbonnes, mais le gaz aussi un jour ne sera peut-être plus à la prochaine station-service.

Contre-mesures du plan d’action « OASIS » :

  1. Optimiser son accès à l’eau, évidemment quand on peut. Stockage eau de pluie (2 x 1m3). Forage d’un puits vers la nappe -3 m avec pompe électrique et à main (pour le potager, pas pour une piscine hein !). Disposer de filtres à eau.

  2. Envisager une semi-autonomie électrique avec une installation solaire photovoltaïque en auto-consommation. Attention classiquement dans les installations actuelles, l’onduleur ne fonctionne qu’alimenté par le réseau pour synchro ! Il faut donc prévoir un petit onduleur sur batterie pour alimenter le gros en cas de coupure. C’est un peu Shadock.

  3. Planter des arbres fruitiers pour ceux qui peuvent. Avec une vocation, certes productive, mais aussi de lutte contre la chaleur sur votre habitat et en général (si les jeunes arbres tiennent le choc aussi).

Conclusion : on ne s’en sortira pas individuellement

Sous la forme d’un plan d’action individuel presque risible pour amortir quelques chocs liés à la déliquescence de notre civilisation capitalo-thermo-industrielle, on met déjà le doigt sur la complexité d’un processus d’effondrement. On les croise pour ne pas trop tomber à côté des problèmes ou se fourvoyer sur leur envergure. Or ce ne sont là que des contre-mesures de transition. Quand vient la question de comment aborder la vie collective dans son ensemble et dans la durée, on mesure l’ampleur du problème et de la tâche que représente la construction de ce déclin, ensemble, dignement, pacifiquement. Au passage, on mesure aussi l’étroitesse et l’absurdité d’une approche basiquement « survivaliste » à la question de l’effondrement progressif de notre société.

Ce plan « d’assurance multirisque antichoc d’effondrement » n’est qu’une petite tentative pour rester debout quand ça va secouer, pour in fine, continuer à faire société ! Maintenir son quotidien au long court est une affaire collective. Que l’on parle de nourriture (je fais des tomates, mon voisin des courgettes), de compétences (je sais réparer, mon voisin sait construire), même de sécurité… rien ne sera possible individuellement (13). Car enfin même dans le déclin, ce qu’il faut, ce n’est pas survivre, mais vivre !

Christophe Nétillard
Version du 8 mars 2019

Quelques références

(1) La Lettre du Carbone L’indicateur ECO2Climat de Carbone4 donnait un point de vu plus complet de l’impact CO2 (donc en énergie fossile et donc en pollution en général, proportionnellement) des français et montrait le lien entre pouvoir d’achat et impact.

(2) www.epargneclimat.com Ce site et les études menées (Les Amis de la Terre, Cabinet Utopies) permettent de mesurer l’impact de notre épargne en émission de CO2, en fonction de la banque et du placement considéré.

(3) le-scenario-de-l-effondrement-l-emporte Je n’arrive pas à retrouver une archive du JT de France 2 où j’ai vu Dennis Meadows faire cette phrase en réponse à Pujadas, mais heureusement, il a visiblement fait la même dans une interview à Libération à la même époque (de sa tournée européenne) : « nous sommes à bord d’une voiture qui s’est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable. »

(4) Entretien E. Philippe – N. Hulot Moment vidéo surréaliste pour moi où le premier ministre avoue considérer l’effondrement d’une civilisation comme une question obsédante !

(5) Entretien avec Dmitry Orlov Dmitri Orlov et ses « cinq stades de l’effondrement ». Un témoignage et une analyse assez complète de stades d’effondrements de sociétés quasi contemporaines. A prendre avec un peu de recul mais très édifiant.

(6) web.archive.org reportage d’août 2015 sur le vécu des Grecs pendant la crise bancaire.

(7) blogs.mediapart.fr point de vue de Pierre-Gilles Bellin, auteur des « Écosolutions à la crise immobilière et économique » (Eyrolles).

(8) insolentiae.com Cette source un peu orientée mais au raisonnement très intéressant argumente qu’il est moins risqué de disposer d’économies en Or métal qu’en assurance-vie/épargne bancaire face à un choc pouvant entraîner une confiscation par l’état pour faire face à ses dettes.

(9) Crise argentine « À cette époque sont aussi créés beaucoup de cercles d’échange qui suivaient en partie l’idéologie de l’économie libre (économie sans intérêts), bien que la plupart se contentaient de pratiquer l’échange de biens alimentaires et de services, et ce dans le but de compenser la baisse constante du pouvoir d’achat (le salaire réel diminuant du fait de la forte inflation). À partir de 2001, ces cercles devinrent un véritable phénomène de masse, et pratiquement chaque quartier de chaque ville avait à cette époque son propre cercle d’échange. »

(10) Jardin de la victoire

(11) www.europe1.fr Communication de la Suède le 21 mai 2018 sur des mesures de précaution à toute sa population

(12) www.ouest-france.fr Cet été 2018, des tranches de réacteurs nucléaires ont été arrêtées pour cause de chaleur… quid de l’impact du réchauffement sur la production électrique à moyen terme ?

(13) J’ai écrit cet article avant la sortie du dernier livre de nos « Collapsologues » Servigne, Stevens et Chapelle : « Une autre fin du monde est possible » auquel ma conclusion fait écho pour cette dimension éminemment collective. Je me permets donc d’en citer une phrase pour insister encore : « Cultiver son potager dans son jardin, apprendre à se passer d’énergies fossiles ou préparer sa famille à des situations d’urgence est certes nécessaire mais cela ne suffit pas à « faire société », c’est-à-dire à faire de nous des humains. » (p. 25).

6 comments on “Plan d’amortissement des chocs d’effondrement”

  1. Avatar agumonkey dit :

    Salut,

    quid de penser un amortisseur en moyen de production lo-tech ou mieux et en reserve d’energies ?

  2. Avatar HGR dit :

    Bonjour

    Avez vous mis en place tout cela? Je suppose que oui car c’est classé en “Projet concret”. Du coup, quel est le feedback de votre mise en place? Évaluation budgétaire? Volume de stockage? Sécurisation de stock?

    A vous lire, je pense retrouver certaines de vos inspirations (par exemple la liste de matériel a stocker pour le troc ressemble beaucoup a ce que qu’un survivant de Sarajevo décrivais dans une interview sur un blog survivaliste. Quelles sont vos sources?

    Quand je lis “délire survivaliste”, pourriez vous développer? Faites vous reference a ce que Mr Vidal decrit comme le survivalisme américains extremiste? A Piero San Giorgio? bref, a une minorité visible?
    Ou incluez vous les personnes qui rachètent des maisons a la campagne, afin d’aquerir de l’autonomie?

    Vous éludez complètement la notion de défense ou de violence de votre propos. Pensez vous que si vous avez fait quelques stocks et que vous avez un minimum d’autonomie, aucun voisinage non prévoyant ne tentera de se l’approprier par la force?
    Comment gérez vous ce paramètre en milieu urbain, où il sera bien compliqué de cacher cette préparation en cas de crise.

    L’idée de collectif résilient est sympathique, mais ca part du principe que tout le monde jouera le jeu. Comment gerez vous les “tricheurs”??

    Au plaisir de vous lire

  3. Avatar yves dit :

    Oui, il vaut mieux relire

  4. Avatar Hélène Han Kwan dit :

    Faut être conscient qu’un effondrement sur quelques mois fera beaucoup de morts. Pour diverses raisons, dont la violence entre humains. Tous les animaux vont aussi être tués très rapidement…

  5. Avatar lucie dit :

    bonjour,
    grand merci pour cet écrit qui rejoint bien mes visions… concretement, sans gagner sa vie (handicap)et avec une assurance vie handicap plutôt qu’une rente (encore une mauvaise idée de l’etat français… à la demande des assurances…) j’ai plus de mal à monter un plan d’action:si vous avez des suggestions, je prends

  6. Avatar Marie dit :

    Bonjour,
    Cette présentation est très bien faite. S’entraider avec un handicap, prendre une colocation ou cohabitat et s’entendre sur l’essentiel?

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