Vincent Mignerot, Président

Auteur, chercheur indépendant dans le domaine des Sciences Humaines, spécialisé dans l’étude de la perception et de la singularité de l’esprit humain dans un contexte évolutif global.

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La création du Comité Adrastia est l’aboutissement d’une réflexion menée depuis plus de 15 ans sur les questions existentielles qui taraudent notre humanité : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien, quel est le principe général de l’évolution, quelle est la raison de la singularité de l’esprit humain, la liberté est-elle possible… ?

Alors qu’au départ la question de la fin n’était pas l’objet de cette réflexion, il est apparu peu à peu que certains apports théoriques obtenus pourraient nous aider aujourd’hui à mieux comprendre comment nous sommes devenus capables d’agir par nous-mêmes, parfois en toute conscience, notre propre destruction.

Afin de saisir ce paradoxe il faut considérer que notre singulier esprit humain pourrait n’être que le résultat d’aménagements perceptifs et cognitifs liés à l’apparition de nouvelles contraintes écologiques, survenues progressivement il y a plusieurs centaines de milliers d’années, alors que nos ancêtres hominidés développaient de nouveaux outils et apprenaient à domestiquer le feu. L’usage de ces techniques nouvelles, particulièrement performantes dans la compétition pour la vie, ont produit des conditions d’existence originales, auxquelles l’humain naissant a dû s’adapter : il était devenu capable de se mettre en péril directement et rapidement, par sa propre action sur l’environnement. Il était devenu capable par exemple d’incendier accidentellement une forêt qui lui assurait abris et subsistance, d’abattre totalement des troupeaux ou même des espèces pour satisfaire ses besoins en nourriture, en peaux… ce qui pouvait entraîner des déséquilibres écologiques importants, des famines dont il devenait à la fois victime et responsable.

Selon les modèles contemporains, l’humanité n’a pas de compétence particulière qui n’existe chez d’autres espèces. Mais elle est la seule qui soit parvenue à développer des techniques qui dépassent les capacités de l’environnement naturel à en réguler l’usage, ce qui permet l’acquisition d’avantages adaptatifs, mais entraîne inévitablement des risques.

C’est la prise de conscience de ces risques et de leurs conséquences néfastes potentiellement inéluctables pour notre avenir qui me motive à tenter de comprendre pourquoi nous ne parvenons pas, malgré nos talents et nos meilleures intentions, à orienter le cours de notre évolution aussi bien que nous le souhaiterions.

Mais avant qu’une réponse définitive soit trouvée à cette question, il paraît primordial de traiter des effets directs de notre incapacité constatée à éviter certains écueils. Tel est l’objectif d’Adrastia : ne plus détourner le regard et admettre l’imminence d’un risque d’effondrement structurel de nos sociétés, afin de nous y préparer au mieux.

Adrastia constitue peut-être un des derniers grands projets humanistes, un de ceux qui considèrent chaque humain et tout humain comme également soumis à une destinée puissante, qui nous enserre contre notre gré entre les mors impartiaux de conditions écologiques désormais incompatibles avec nos attentes.

« La clarté ne naît pas de ce qu’on imagine le clair, mais de ce qu’on prend conscience de l’obscur. »

Carl Gustav Jung

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