Adrastia étapes et continuité

Lorsque j’ai proposé, début 2014 à Joëlle Leconte, Laurent Aillet et Régis Perrot de créer une association dont l’objet serait de traiter la question du risque d’effondrement, je n’avais aucune idée de l’aventure que nous allions vivre les années suivantes. La création de l’association Adrastia s’inscrivait dans la continuité du groupe Facebook Transition 2030, dont la dynamique témoignait déjà en 2013 d’un besoin naissant et croissant rapidement d’échanger de façon dédramatisée et constructive autour des risques écologiques globaux. Adrastia a participé, à son échelle, ces dernières années à la prise de conscience et passe aujourd’hui de nouvelles étapes nécessaires à la poursuite de son travail dans les meilleures conditions.

Cette année, arrivant au terme de mon mandat d’administrateur d’Adrastia, je n’ai pas souhaité demander le renouvellement de ce mandat. J’en présente ici les raisons, afin de les rendre accessibles à tous.

Tout d’abord, je souhaite rappeler clairement la dissociation entre la ligne d’Adrastia et celle de mes propres travaux. Cinq années de présence du fondateur au cœur de sa gestion faisaient prendre à l’association le risque de l’assimilation de son projet à une personne en particulier, ce qui est contraire à son esprit. Adrastia est une association citoyenne, au service de tous, dont le projet ne se réduit à aucune individualité. D’une façon générale Adrastia doit opérer des choix au nom de son objet et de ses missions, non en fonction de débats qui pourraient avoir cours autour des membres de son conseil d’administration.

Par ailleurs, bien que pleinement investi par l’objet de l’association et ayant exécuté au mieux de mes capacités les fonctions de président et d’administrateur, je n’ai pas le goût naturel pour de tels postes. Ils sont même à contre-emploi de mon tempérament plutôt solitaire, indépendant et peu enclin à exercer toute forme de pouvoir.

Pour autant, comme je l’ai déjà exprimé en 2017, quitter mes fonctions administratives n’est en rien un abandon du projet général d’Adrastia. Si le conseil d’administration en est d’accord, je resterai président d’honneur et, bien sûr, membre actif de l’association, dont je soutiendrai toujours les ambitions en y contribuant de mon mieux.

En résumé, mes décisions ont pour but qu’Adrastia puisse s’exprimer et agir au-delà de toute polémique et assimilation de son travail à une personne ou à des idées, quelles qu’elles soient. Adrastia est un repère, parmi d’autres, un moyen proposé à ceux qui souhaitent s’en saisir afin d’avancer au mieux au cœur de temps incertains.

En 2016, en conclusion d’une interview pour la revue Le Comptoir, je proposais une synthèse des ambitions d’Adrastia :

Adrastia est moins une association qu’un état d’esprit : vivre en étant conscient des risques, sans se défausser sur les autres d’une responsabilité que nous partageons tous, entendre les questions de son prochain qui ne comprend pas l’aveuglement passé, ne pas lui mentir sur son avenir, travailler avec lui pour minimiser les risques, minimiser la violence, minimiser les peines. En gardant en permanence en tête que nous allons nous confronter à des forces qui dépassent de très loin notre orgueil et que rien ne se déroulera comme prévu. Nous confronter à nous-mêmes et à nos limites ? Il n’y a pas de plus grand défi.

Avançons ensemble, chacun à l’endroit du monde qui lui semble juste pour servir son prochain, dans la défense de toutes nos différences et l’acceptation que chaque jour qui passera désormais s’évertuera à contrarier nos désirs, qui devront alors continuellement évoluer. Dans cette perspective, une humanité dont on aurait au préalable défini la meilleure façon d’être ne sera pas résiliente.

Je vous remercie toutes et tous et vous confirme mon immense attachement pour Adrastia.

Vincent Mignerot, novembre 2018