Sur les illusions technocandides

Extrait de “Overshoot: The Ecological Basis of Revolutionary Change“, William R. Catton, Paperback – June 1, 1982”. Foreword by Stewart Udall, page xv.

Il est également instructif de jeter un regard neuf sur le transport, un autre secteur qui, prétendument, est la scène des plus grandes réalisations de l’ingénierie. Encore une fois, les données disponibles indiquent que les contributions de la technologie ont été exagérées, tandis que le rôle du pétrole à faible coût a été sous-estimé. Commençant avec Henry Ford et les frères Wright, la maîtrise technique prit part à la réalisation américaine des transports. Il y eut des réalisations remarquables dans la conception et la fabrication des automobiles, des camions, des avions et des fusées. Mais quelle part de ces accomplissements eut été possible si les États-Unis n’avaient pas été un pays riche en pétrole? Aurions-nous pu créer ces énormes villes tentaculaires et un système de transport centré sur l’automobile si nous n’avions pas été richement dotés d’un carburant à faible coût?

Ce ne furent pas seulement les progrès de la technologie des pipelines qui rendirent possible aux individus de New York et du New Jersey de brûler le gaz texan dans leurs maisons : ce fut ce temps unique d’abondance en gaz naturel. Ce ne fut pas seulement la compétence des ingénieurs de l’aérospatiale qui permit à notre transport aérien de s’épanouir : le pétrole sale et peu dispendieux fit décoller toute l’affaire.

Revenir d’un ego trip

L’Amérique s’est pomponnée pendant trois décennies grâce à la magie de ses technologues. Tout porte à croire que nous avons toujours exagéré les contributions du génie technologique et sous-estimé les contributions des ressources naturelles.

Les mythes ont la vie dure, mais les preuves de notre dépassement s’accumulent chaque jour. Comme l’a découvert le Président Carter, il n’est pas facile d’hériter d’un pays conditionné à croire que chaque problème a une solution technique et de persuader ses citoyens qu’un changement majeur d’orientation est devenu nécessaire.

Pourtant, une chose est désormais évidente. Pour accepter de prendre le chemin difficile qui consiste à se serrer la ceinture et à faire des sacrifices, nous devons d’abord trancher dans notre optimisme technologique. Bref, nous devons retrouver quelque chose que nous avons perdu dans notre hâte à refaire le monde : un sens des limites, une prise de conscience de l’importance des ressources de la Terre.

English

 

It is equally instructive to take a fresh look at transportation, another sector supposedly the scene of engineering’s greatest achievements. Again, the available evidence suggests that the contributions of technology have been overstated, while the role of cheap oil has been understated. Beginning with Henry Ford and the Wright brothers, technical mastery has been part of the American achievement in transportation. There have been remarkable accomplishments in the design and manufacturing of autos, trucks, airplanes, and rockets. But how much of this would have been possible if the United States had not been an oil-rich country? Could we have created huge, sprawling cities and an auto-centered transportation system if we had not been lavishly endowed with low-cost fuel?

It was not just the advances in pipeline technology that made it possible for people in New York and New Jersey to bum Texas gas in their homes; it was a one-time abundance of natural gas. Nor was it just the skill of aerospace engineers which allowed our air transport to flourish; dirt-cheap petroleum made the whole thing ‘’fly’’.

Return from an Ego Trip

America has preened itself for three decades on the wizardry of its technologists. All the evidence suggests that we have consistently exaggerated the contributions of technological genius and underestimated the contributions of natural resources.

Myths die hard, but the evidence of our overshoot is accumulating daily. As President Carter discovered, it is not easy to take a country conditioned to believe that every problem has a technical solution and to persuade its citizens that a major change of orientation has become necessary.

Yet one thing is now obvious. To accept the hard path of belt-tightening and sacrifices, we must first trim back our technological optimism. We need, in short, something we lost in our haste to remake the world: a sense of limits, an awareness of the importance of earth’s resources.

Merci à Arthur Keller pour le néologisme “technocandide” !

 

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