Synthèse des données

Great Acceleration 2015 from International Geosphere-Biosphere Programme

À ce jour, aucune mesure sur le réel, passée ou contemporaine ni aucun modèle n’ont pu démontrer que la possibilité d’acquisition d’avantages pour l’humanité (meilleure alimentation, meilleure santé, confort technologique…) ne dépendait pas toujours du Taux de Retour Energétique des ressources énergétiques qu’elle avait à sa disposition (TRE ou EROEI en anglais : rapport entre l’énergie récupérée et l’énergie investie pour récupérer cette énergie) (1). L’humanité a besoin de plus d’énergie que celle disponible directement dans son environnement pour satisfaire ses besoins, et depuis la maîtrise du feu jusqu’à celle de l’atome (depuis les ressources en bois jusqu’aux ressources en uranium) en passant par l’éolien et l’hydraulique (moulins à vent, à eau) et la vapeur (charbon) l’histoire de l’humanité et ses succès semblent toujours indexés sur la disponibilité, la performance et la souplesse d’utilisation des ressources en énergie qu’elle a pu exploiter (2).

Aujourd’hui la ressource la plus performante utilisée est le pétrole, ressource d’ailleurs à ce point souple d’utilisation qu’elle a pu faciliter l’exploitation d’autres ressources aux Taux de Retour Energétique pourtant plus bas, mais qui deviennent suffisants lorsque ces ressources sont combinées aux performances de l’or noir. Si nous devions considérer globalement la chaîne de dépendance des ressources disponibles, toutes dépendent du pétrole, pour leur extraction, leur mise en œuvre, leur transport (fabrication des centrales thermonucléaires, des panneaux solaires, des éoliennes, des lignes électriques haute ou basse tension) ou pour leur utilisation finale (pour la fabrication d’un véhicule électrique par exemple, ou plus simplement des routes, des machines à laver…).

Si le pétrole vient à manquer, comme aucune autre ressource ne dispose d’un TRE aussi élevé ni d’une telle plasticité d’usage, le niveau de confort, de santé et de sécurité global de l’humanité ne peut que décliner, mécaniquement. Nous avons passé le peak de son extraction (il y aura toujours moins de pétrole accessible désormais qu’il y en a eu par le passé), le déclin est entamé, les résultats de nos économies en témoignent. Si le charbon pourra prolonger un temps la viabilité de nos systèmes, il n’a pas les propriétés physiques avantageuses du pétrole et ne pourra s’y substituer, et lui aussi se trouve sur Terre en quantités limitées.

Bien que la fin de la disponibilité d’une énergie à faible coût suffise à envisager le déclin humain, il faut considérer d’autres paramètres qui viendront accélérer ce déclin et le faire sortir du champ des simples « modifications des conditions de vie » :

– Même si nous disposions d’une énergie infinie, tous les stocks des matières premières nécessaires à la fabrication de tous les objets qui nous entourent sont limités sur Terre, et leur disponibilité totale ne se compte plus qu’en décennies (épuisement pour l’essentiel avant 2050). De toute façon, sans pétrole ces matières premières ne pourraient plus être transformées ni même extraites du sol (3).

– La Terre absorbe une certaine quantité d’énergie en provenance du Soleil, et en ré-émet une partie vers l’espace sous forme de rayonnement infrarouge. En quelques décennies de combustion massive de ressources fossiles jusque-là enfouies sous terre (hydrocarbures, charbon) (4), l’homme a changé l’équilibre dynamique de l’atmosphère, qui retient désormais une plus grande proportion du rayonnement infrarouge émis par la planète. La conséquence de ce surplus d’énergie retenue est un réchauffement global, qui entraîne une modification de la dynamique du cycle atmosphérique : celui-ci doit désormais « dissiper » une plus grande quantité d’énergie (la chaleur), ce qui entraîne une déstabilisation de la régularité des courants atmosphériques, du cycle de l’eau, des courants océaniques (les océans se réchauffant aussi – ce sont même eux qui absorbent environ 93 % de l’énergie additionnée au système Terre)… Les effets de cette déstabilisation contribuent à une destruction de l’équilibre écologique vital, c’est-à-dire au dépassement des limites de ce que peut supporter la vie, en matière d’instabilité, dans sa relation à l’environnement : excès ou manque d’eau, trop forte chaleur ou trop grand froid, acidification des océans qui absorbent peu à peu le CO2 excédentaire de l’air, augmentation de la fréquence et de l’intensité des évènements extrêmes (cyclones, sécheresses, inondations…) (5). Les effets délétères de la destruction de l’équilibre vital ne pourront qu’aller croissant et ne pourront pas être tempérés par l’humanité, car pour tout processus physique ou chimique il est strictement impossible de revenir en arrière (principe de non réversibilité) (6). En moyenne, demain il fera plus chaud, jusqu’à des proportions physiquement insoutenables dans certaines régions à l’horizon 2100, comme c’est le cas déjà par épisodes en Australie avec des températures supérieures à 45 degrés Celsius en janvier 2013 et 2014 – la brûlure cutanée pouvant survenir avant 50 degrés. De plus, l’effet de nombreuses boucles de rétroaction positive (le réchauffement par exemple fait fondre le permafrost, ce qui libère le méthane qui y est enfoui, qui est aussi un puissant gaz à effet de serre et qui vient renforcer à son tour le réchauffement…) (7) fait craindre que la destruction de l’équilibre écologique vital déjà engagée rende la biosphère invivable à terme, pour l’humain comme pour l’essentiel des espèces vivantes présentes sur terre. Il est déjà quasiment acquis que le réchauffement ne sera pas limité à 2 degrés à l’horizon 2050, et atteindra peut-être 5 degrés en 2100. Et ensuite ?

– Alors que la baisse annoncée de l’énergie disponible, la déplétion des matières premières et la destruction de l’équilibre écologique vital suffisent à envisager, en toute rationalité et de façon scientifiquement vérifiable, le déclin humain (ne pas oublier la résurgence de maladies jusqu’à présent plus ou moins endiguées – dengue, malaria, Ebola, peste, grippes – parce que la destruction de l’équilibre vital déstabilise la dynamique du vivant, pour le bénéfice des souches les plus virulentes !), nous devons également compter avec les effets de la pollution directe, qui impactent notre santé. La fabrication volontaire de nouveaux composés chimiques, dont nous bénéficions pour ce qu’ils apportent comme améliorations à notre quotidien (depuis le bisphénol des emballages alimentaires jusqu’aux Composés Organiques Volatils toxiques de provenances industrielles hétérogènes en passant par le tabagisme, notamment passif) ou la dissémination d’engrais et de pesticides pour augmenter les rendements agricoles ont pour conséquences connues de participer à la modification du fonctionnement des organismes vivants… et les effets positifs à court terme s’accompagnent malheureusement d’effets négatifs (secondaires, imprévus ou non considérés) à moyen terme qui impactent déjà notre espérance de vie en bonne santé, sans compter la modification rapide des modes de vie pour une grande part de la population qui nous font notamment nous alimenter plus et plus mal. En Europe et aux Etats-Unis il est déjà constaté : obésité morbide ; dérèglements hormonaux dus aux perturbateurs endocriniens engendrant des malformations fœtales, baisse de la fertilité, augmentation de la fréquence des maladies auto-immunes ; pollution atmosphérique d’origines multiples entraînant asthme, allergies, cancers… (7) De cet ensemble de problèmes de santé, nous pourrons chaque jour moins bien nous en protéger car l’industrie du médicament, comme le fonctionnement des services de soin (hôpitaux, ambulances…), et la possibilité même pour un pays d’offrir une protection de la santé à faible coût dépendent… du pétrole.

Adrastia n’envisage pas un déclin humain par crainte irrationnelle ou selon des argumentaires infondés. Tous les « facteurs limitants » évoqués ici sont vérifiables, les indices les plus accessibles éprouvant leur réalité sont d’ailleurs aisément accessibles : coût du pétrole et du gaz, augmentation de la quantité et de la gravité des conflits dans les pays où ils se situent (ou par lesquels ils transitent), taux de chômage, pouvoir d’achat, accessibilité aux soins, notamment pour les plus démunis, fracture sociale, stagnation globale des économies et déclin déjà entamé pour certaines.

Références :

 

1 – EROEI, énergie nette : Extraire du pétrole pour… par Benoît Thévard

 

2 – Sources d’énergie et histoire de l’humanité, Carlo M. Cipolla, 1961

 

3 – Article Adrastia : Disponibilité des matières premières

 

4 – Qu’est-ce que l’effet de serre ? – Manicore, Jean-Marc Jancovici

 

5 – Climat : les météorologues brossent un tableau apocalyptique – Nouvel Observateur

La carte des impacts du réchauffement climatique – Le Monde

5th Assessment Report (AR5) du GIEC (groupe de travail 1) :

« Ocean warming dominates the total energy change inventory, accounting for roughly 93% on average from 1971 to 2010 (high confidence). The upper ocean (0-700 m) accounts for about 64% of the total energy change inventory. Melting ice (including Arctic sea ice, ice sheets and glaciers) accounts for 3% of the total, and warming of the continents 3%. Warming of the atmosphere makes up the remaining 1%. »

 

6 – Réversibilité thermodynamique, Wikipedia

 

7 – Sur les boucles de rétroaction positive : Quand le réchauffement climatique «assèche» les nuages bas… par Vincent Rondreux

 

8 – L’espérance de vie recule aux Etats-Unis – Article notre-planète.info

Espérance de vie en bonne santé : elle baisse ! (Europe) – Article Mediapart

Etude de référence : Financial crisis, austerity, and health in Europe

Vidéo : Sans Lendemain

Un film d’animation sur les énergies fossiles et la croissance

Lien Youtube
Titre original : There’s no tomorrow
Réalisation : Dermot O’ Connor (35 minutes, 2012)
Version française : mpOC-Liège (2013)

Vidéo : Collapse (L’Effondrement), par Michael Ruppert (VOSTFR)

Michael Ruppert, journaliste d’investigation, se trompait certainement de cible en accablant principalement les puissants des maux de nos sociétés, alors que nous sommes tous acteurs du développement humain et de la destruction de l’équilibre vital qui en découle. Mais il était un esprit éclairé, qui prenait en compte les facteurs limitants rationnels que nous avons rappelés ici pour penser l’avenir de l’humanité.

Un homme sensible, vigilant, inquiet, qui fait le résumé de sa vie dans ce documentaire. Michael Ruppert s’est suicidé en avril 2014.

 

Collapse (L’Effondrement), par Michael Ruppert (VOSTFR) (480p) from Vincent on Vimeo.

 

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