Transition 2017 – 4/4 : Éléments pour un programme et une éthique de transition

Réformer l’écologie pour nous adapter à la réalité

1 Mécanique des esprits libres – Manon Aubry, 2016

Vincent Mignerot

Juillet 2017

Le corpus de textes “Transition 2017” est composé de 4 articles :

1/4 : La réalité n’existe pas

2/4 : Écologie et post-vérité

3/4 : Mythologie écologique

4/4 : Éléments pour un programme et une éthique de transition

L’ensemble de ces articles publiés sur le site de l’association Adrastia fait l’objet d’un livre, disponible en suivant ce lien.

Le Conseil d’administration de l’association Adrastia a accepté de diffuser ces textes mais leur contenu n’engage que leur auteur.

Éléments pour un programme et une éthique de transition

La protection de l’environnement paraît impossible et notre espèce semble même dotée de capacités dont la fonction est de l’illusionner sur ses capacités et son avenir. Une adaptation à un nouveau contexte écologique est pour autant inévitable et imposera que nous réformions certains de nos préconçus, afin d’éviter en particulier que nos propres capacités ne viennent aggraver le contexte de déclin généralisé.

Mots clés : déclin, effondrement, principe de responsabilité autonome, résilience, capitalisme, démocratie

Plan :

1      Le déclin et ses déclinaisons

2      Performation

2.1        Destruction de l’équilibre écologique vital

2.2        Résilience

3      Principe de responsabilité autonome

3.1        Conditions de la responsabilité autonome

3.1.1     Statu quo

3.1.2     Désengagement

3.2        Écologie du capitalisme

3.3        Écologie et démocratie

3.4        Jugement

3.5        Théorie écologique de l’esprit

4      Singularité écologique

5      Valeurs

6      Transition 2017

1         Le déclin et ses déclinaisons

« Quiconque pense avoir des solutions pour l’avenir présuppose deux choses : qu’il connaît les lois du monde, et qu’il les maîtrise »[1] (Vincent Mignerot)

L’état des lieux et les différentes analyses que nous opérons au cours de ces articles pourraient confirmer qu’en guise de « transition sociétale » nous nous retrouvions à devoir gérer un probable effondrement de civilisation, a minima un déclin ponctué de ruptures. Même si les inégalités d’aujourd’hui ne pourront que se réduire globalement demain (la baisse du niveau global de richesse est aussi une réduction progressive du delta entre le plus pauvre et le plus riche), elles ne disparaîtront probablement jamais et les conditions de vie sur Terre, à terme pour l’ensemble de l’humanité, seront de plus en plus contraintes et difficiles.

Aujourd’hui quantité de propositions sont faites afin de mieux préparer l’avenir, et le vocabulaire évolue : les solutionnistes désormais se clivent, aux extrêmes, entre le déni de réalité de type climato-négationniste, qui incite à la lubie technoscientiste croissanciste béate, et la candeur d’un objectif de sobriété qui survend l’optimisme en oubliant de tenir compte par exemple de ce que veut dire l’inefficacité des antibiotiques[2] dans un monde d’épidémies plus fréquentes et plus sévères[3]. À titre personnel je souscris évidemment au projet de la sobriété. Je crains simplement que les heureux de demain dans ce monde plus sobre soient les mêmes qu’aujourd’hui, que les classes et les inégalités structurent toujours les sociétés selon les critères de la défiance et du mépris. Après tout la sobriété est actuellement vécue par la grande majorité des humains, qui ne la présentent pas vraiment comme un idéal et cette sobriété-là, non seulement peu d’entre nous la désirent mais nous avons tendance à tout faire pour ne pas la réaliser concrètement. Il est à craindre aussi que nous sous-estimions ce qui pourtant s’engage déjà, dans le prolongement de ces réflexes qui nous accompagnent lors des périodes de crise depuis que nous avons quitté l’état naturel : repli communautaire, choix de gouvernances autoritaires (y compris ultra-libérales), désignation arbitraire d’un ennemi commun coupable à lui seul de toutes nos fautes collectives.

D’une façon générale, et ce même si certains d’entre nous sont plus conscients des risques, nous préférons nous projeter dans l’avenir « toutes choses égales par ailleurs », en l’investissant éventuellement comme une simple réduction de la richesse, sans vraiment anticiper l’augmentation du stress qui ne pourra qu’accompagner la descente, ni comment ce stress pourra stimuler certains de nos pires travers.

Si, comme nous l’avons vu, le solutionnisme semble reposer sur une interprétation orientée voire erronée des données scientifiques, il faut envisager aussi que le réel n’ait que faire quoi qu’il en soit de notre avis sur la question de notre propre avenir et que la réduction de nos potentialités d’action et d’existence ne puisse être contrée en aucune façon. Si la perspective globale semble claire, quelle latitude d’action nous reste-t-il ? Et si nous ne pourrons prédire comment la simplification de nos sociétés pourra s’opérer dans le détail, quel discours, quel cadre moral, quelle éthique pourrons-nous adopter afin de minimiser les risques et agir en fonction des évènements, non en fonction d’une interprétation qui nous arrangerait, mais nous illusionnerait ?

2         Performation

 « Les verbes performatifs seraient ceux qui non seulement décrivent l’action de celui qui les utilise, mais aussi, et en même temps, qui impliqueraient cette action elle-même. »[4]

Comme nous l’avons vu précédemment, le réajustement entre nos pensées, nos récits, les émotions qu’ils portent et les effets véritables de nos actions paraît être la condition sine qua non à l’avancée vers une adaptation réaliste au monde de demain. Les extensions de notre esprit que sont les mots auront donc une influence majeure sur notre abord de l’avenir. Nous devons comprendre à tout le moins qu’ils constituent à ce jour encore souvent une médiation bancale, voire un handicap pour comprendre le réel et y faire face.

Si nous souhaitons utiliser les mots qui correspondent le mieux au déroulement des évènements, non des jeux sur la polysémie ou des expressions oxymoriques dénuées de sens qui procurent des échappatoires pour l’esprit, nous pourrons envisager a minima deux ajustements terminologiques très directement liés à notre façon de qualifier notre action et le cadre dans lequel elle s’opère.

2.1        Destruction de l’équilibre écologique vital

Nous avons plusieurs fois utilisé l’expression « destruction de l’équilibre écologique vital ». Le terme « destruction » est particulièrement fort, mais il est utilisé de façon circonstanciée.

Il faut tout d’abord préciser ce que signifie pour nous l’équilibre écologique vital : il est, pour l’humain, l’ensemble des conditions qui autorisent sa vie biologique et sa reproduction. La définition d’ailleurs est la même pour la vie dans son ensemble, mais il faut préciser que si nous portons atteinte à l’équilibre écologique vital pour nous, humains et pour quantité d’autres espèces, il est peu probable que nous impactions notre milieu au point d’empêcher totalement demain la vie d’exister sur Terre. L’équilibre écologique vital est composé donc de l’ensemble des facteurs nécessaires à la vie humaine, borné par un delta de variabilité qui ne doit pas être dépassé pour des conditions de vie pérennes. Nous avons besoin d’eau par exemple pour l’agriculture et l’élevage ou même simplement pour la cueillette et la chasse, mais trop d’eau (champs inondés) ou pas assez d’eau (sécheresse) sont directement hostiles à notre existence. Sécheresse et inondation plus intenses et fréquentes sont déjà des effets mesurés du réchauffement climatique d’origine anthropique. Notre corps ne vit correctement par ailleurs qu’en-dessous d’un certain seuil de température, au-delà son métabolisme est impacté. Les températures maximales inédites enregistrées ces dernières années en Inde, en Australie, au Moyen Orient, qui atteignent ou dépassant parfois 50 °C constituent un risque immédiat pour notre biologie. Comme toutes les communautés d’êtres vivants, nous cohabitons aussi avec des agents pathogènes, des parasites qui provoquent des maladies et entraînent parfois des décès. Aujourd’hui la médecine, pour la part des humains qui en profite le mieux parvient à pallier ces agressions, à soigner et sauver des vies humaines.[5] Les risques d’augmentation de la virulence de ces pathogènes, pour cause de destruction de la richesse régulatrice des écosystèmes, conjugués à la réduction de nos moyens de nous défendre engendrera très certainement demain plus de décès qu’aujourd’hui.

L’extinction de la biodiversité est aujourd’hui 100 à 1000 fois plus rapide que le rythme naturel. De même, la vitesse du changement climatique est 170 fois plus élevée que la variabilité historique.[6]

Notre impact sur l’environnement est strictement une « destruction de l’équilibre écologique vital », c’est-à-dire, puisqu’en aucun cas nous évoluons « hors de la nature », une destruction directe de nos potentiels d’existence. Si nous voulons correctement qualifier les évènements en cours, oublions le « changement climatique », la « diminution du nombre des espèces » ou encore « l’augmentation des évènements extrêmes ». Ce que nous agissons détruit notre avenir, et la vitesse de cette destruction est bien trop au-delà des capacités biosphériques de régénération pour que nous puissions euphémiser le processus. La trajectoire que nous suivons, mesures à l’appui et marges d’erreur considérées est bien celle d’une désertification de la planète, qui est déjà en cours et dont personne ne peut estimer de l’ampleur à terme. Il est possible qu’à la fin de ce siècle ne restent cultivables qu’une portion congrue des terres fertiles d’aujourd’hui.

2.2        Résilience

La résilience est une notion très largement utilisée en écologie, pour ce qu’elle permet de penser la capacité de nos sociétés à se relever après un choc, après une rupture. Bien que nombre de mots soient souvent utilisés de façon polysémique et que leur sens initial puisse se perdre avec le temps, leur étymologie et l’histoire de leur évolution restent assurément profondément ancrés en nous. La résilience, qui vient du latin « resilio », qui a aussi donné « résilier » se définit aujourd’hui de façon générale comme « la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération ».[7]

Si nous tenons à questionner la notion de résilience en écologie c’est parce qu’elle est, par définition, totalement passive, et que cette passivité paraît incompatible avec les perspectives de gestion des évènements. La résilience est à l’opposée même de la performation. Lorsqu’elle est dite, lorsqu’elle est proposée rien ne peut s’engager car elle qualifie une propriété intrinsèque aux systèmes qu’elle décrit, qu’ils soient des matériaux, des ensembles d’organismes vivants ou des organisations sociétales. On est résilient ou on ne l’est pas et il est impossible pour un système d’agir sur ses propriétés pour les rendre du jour au lendemain résilientes. Bien sûr nous entendons aujourd’hui la résilience comme une capacité que nous pourrions développer, mais ça n’est pas ce qu’en dit la définition stricte, et si les propriétés initiales d’un système ne comprennent pas au départ la résilience, après avoir absorbé un choc ces propriétés n’apparaîtront pas par magie, ou alors il aura fallu transformer les propriétés du système… ce qui ne serait plus de la résilience parce qu’il n’y aura pas eu de retour aux propriétés initiales.

Nous ne retrouverons jamais, à chaque étape des temps à venir, nos propriétés initiales, nous n’allons pas « rebondir », la résilience ayant aussi cette signification, usitée d’ailleurs de longue date.[8] Si lors de la descente nous subirons des ruptures, celles-ci ne provoqueront pas un sursaut ensuite de la société, elles la feront muter, elles la transformeront sur tous les plans : économiques, politiques, moraux… de telle sorte que l’image même du rebond nous leurre sur le déroulé à venir des évènements.

Parmi les ouvrages salutaires qui traitent de l’avenir et des aménagements que nous devrons mettre en œuvre, nous recommanderons assurément le Petit traité de résilience locale.[9] Mais nous questionnerons ici aussi l’effet, plus ou moins conscient, que pourrait provoquer chez le lecteur l’utilisation du mot « résilience » pour engager un changement de comportement ou une transformation sociétale. Ce livre n’aurait-il pas eu un impact plus fort, en engageant directement à l’action, s’il s’était intitulé « Petit traité d’adaptation locale » ? La question qui se pose est de savoir si le grand-public pourrait accéder à la thématique de l’effondrement si celle-ci utilisait des mots plus directement incitateurs. Les forces du déni sont puissantes et nous reconnaîtrons que le terme « résilience », pour l’instant, est peut-être encore utile pour transmettre le message.

Nous ne pouvons pas totalement disqualifier l’usage du mot « résilience » car il fait partie du vocabulaire de l’écologie, et que son sens partiellement réinterprété a déjà imprégné notre inconscient. Mais nous souhaitons souligner qu’il se positionne probablement dans le récit sur l’avenir en substitution de la terminologie de l’adaptation qui, elle, porte exactement la réalité de l’action telle qu’elle va se dérouler, sans aucun détour polysémique, sans aucune euphémisation et de façon immédiatement engageante et active.

Si nous reprenons la réalité du processus en cours, soit la destruction de l’équilibre écologique vital, et que nous réintégrons ce qu’engage la gestion pour nous de ce processus, nous pouvons désormais parler de l’avenir dans toute sa réalité opératoire :

Nous n’allons pas vivre demain une sobriété heureuse au cœur de sociétés résilientes.

Nous allons nous adapter tant bien que mal à un monde largement détruit.

3         Principe de responsabilité autonome

« Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas. » (Coluche)[10]

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, nous sommes tous les agents de notre impact environnemental. L’argument ne tient plus de dire qu’il incombe à un autre que soi la responsabilité de cuire notre alimentation, porter chaussures et vêtements, d’utiliser notre voiture, de consommer de la viande (trop de viande), de partir en vacances ou d’utiliser les nouvelles technologies, quelles qu’elles soient.

Si nous acceptons que l’hypothèse de la substitution causale est valide dans la réflexion sur la question écologique, en particulier pour comprendre comment l’espèce humaine procède pour être à la fois parfaitement informée des risques et accélérer son emprise dévastatrice alors que le mur de l’effondrement se dresse déjà devant elle, nous pourrons proposer un nouveau principe, qui ne changera probablement pas notre destinée collective mais qui pourrait aider à dessiner un nouvel horizon éthique : le principe de responsabilité autonome.[11]

Dans la perspective d’une transformation de nos sociétés devant l’écueil écologique le principe de responsabilité autonome devrait s’énoncer comme une évidence, après la disqualification de la substitution causale. Ce qui annule totalement la validité de la défausse de responsabilité est bien qu’elle est… utilisée par tous. Si tout le monde se défausse, tout le monde est responsable. Nous avons envisagé dans l’article précédent qu’il existerait certainement autant une stratification de la substitution (celui du dessus ou du dessous, dans la hiérarchie sociale, est la cause des problèmes) qu’une externalisation (une entité surnaturelle, une autre communauté…). Notre capacité à construire des narrations de substitution est si grande et si bien distribuée que nous pourrions reprendre et modifier légèrement la citation de Descartes pour l’adapter à notre propos (et l’écho du propos original ne serait pas tout à fait perdu) : la chose du monde la mieux partagée ça n’est pas le bon sens, c’est la mauvaise foi.[12]

L’application du principe de responsabilité autonome, c’est-à-dire assumer pleinement la responsabilité destructrice de toutes nos actions, permettrait la réappropriation totale du choix et la disqualification complète de toute illusion entretenue artificiellement par le modèle culturel d’appartenance, quel qu’il soit. Ce principe serait valable tant sur le plan analytique ou théorique que pour une communauté ou une classe qui, sur le sujet de l’écologie, ne pourrait plus se décharger sur une autre communauté ou classe.

Avant  d’estimer de ce que le principe de responsabilité autonome remettrait en question dans notre analyse habituelle des causes de nos problèmes (quels sont les coupables que nous visons communément et opportunément), estimons de ce à quoi engage d’assumer ses responsabilités.

3.1        Conditions de la responsabilité autonome

Pour les décideurs, les puissants comme pour tout un chacun, il n’y a selon les propositions que nous faisons ici aucune échappatoire : la protection de l’environnement est impossible, toute action humaine participe à la destruction de l’équilibre écologique vital.

Les débats autour de l’écologie qui tentent de déterminer qui serait plus responsable qu’un autre sont stériles, ils sont au-delà même de la démobilisation : ils entretiennent, ils perpétuent le statu quo. De fait, comme nous l’avons vu, le lien entre ce qui permet l’existence et l’écologie est binaire : l’action impacte, elle est un chemin vers la destruction de la planète, la non action est un recul dans la compétition, elle est un chemin vers la destruction de soi.

Comment situer nos comportements demain, si nous ne pouvons plus ni protéger l’environnement, ni croire que nous ne sommes pas coupables de sa destruction ?

3.1.1       Statu quo

Si nous maintenons le statu quo adaptatif, même en toute conscience, les règles sont simples et le principe de responsabilité autonome renvoie directement aux lois de la physique et à l’écologie au sens strict : continuer à participer à la société de consommation, que cette consommation soit « verte » ou non, qu’elle se fasse à partir d’énergies renouvelables, d’hydrocarbures ou de nucléaire revient strictement à détruire l’avenir, sans aucune esquive possible.

Le jus d’orange et le café du matin, le cartable du petit dernier, un simple vélo et les légumes bio eux-mêmes s’ils ne proviennent pas de votre propre potager (et encore, un potager n’est vraiment pérenne qu’avec des engrais puisque la totalité de la matière organique qu’il produit n’y retourne pas)… tout ce qui est issu de l’emprise humaine sur le monde implique une dérégulation de l’exploitation de l’énergie et des ressources. Rien de ce qui est produit par l’humain ne peut participer au maintien de l’équilibre écologique vital et nous rappellerons à nouveau que les estampilles vertes, bio et même « perma » (pour permaculture) ou Low-Tech[13] ne disent rien des effets rebond[14] : consommer, même écolo, a eu jusqu’à aujourd’hui des effets contre-intuitifs mais bien mesurés : l’énergie consommée par l’humanité, hors crises économiques, qui ont eu lieu contre notre volonté, est toujours restée maximale,[15] et ce malgré l’apparition du discours écologique. Il n’y a pas de consommation vertueuse.

Nous rappellerons aussi que regarder un documentaire télévisé sur l’écologie ou discuter de protection de l’environnement sur internet non seulement ne protège pas l’environnement mais pourrait même participer à ces fameux effets rebond : notre culpabilité expiée d’avoir fait un effort pourrait nous aider à ne pas changer globalement nos niveaux de vie. Internet, qui concentre tant notre attention est bien la technologie la plus destructrice de l’environnement qui soit car elle est strictement dépendante de toute l’infrastructure technico-capitaliste et consumériste indispensable à son fonctionnement et à son financement. Toute utilisation d’internet pour parler d’écologie est un non-sens absolu.

Le principe de responsabilité autonome n’empêche en rien le choix du statu quo adaptatif. Il dit simplement que la consommation est toujours le fait de celui qui consomme, que celui-ci agit concrètement la destruction de l’avenir et que tout discours qui dissimulerait cette causalité stricte est un mensonge.

3.1.2       Désengagement

Le procès de l’action est aisé mais se départir à la fois de l’action destructrice et du mensonge associé n’est pas sans exposer à des difficultés, qui auront été celles peut-être qui ont empêché jusqu’à aujourd’hui la plupart d’entre nous de vraiment changer de comportement.

Si l’on souhaite avec sincérité changer le monde pour le bénéfice de la « protection de l’environnement », ou pour préparer celui de demain, la meilleure façon de s’extraire de la civilisation thermo-industrielle, par rejet simple ou par désir de favoriser sa chute c’est le désengagement, c’est-à-dire la réduction de ses avantages en réduisant le flux d’énergie et de richesse qui passe par soi-même, ce qui participera à ralentir l’ensemble. Dans ce but il ne suffit pas de changer sa consommation, ce qui ne change rien ou pas grand-chose au bilan énergétique et économique à cause des effets rebond, il faut aussi réduire ses revenus. Le désengagement implique également, afin de ne pas se confronter à un trop grand désarroi lors de la « sortie du système », de contribuer à construire un modèle économique de substitution, dont il faut savoir à l’avance qu’il n’offrira assurément pas les mêmes avantages immédiats que le précédent (sécurité, santé, confort général).

Tout est à créer à propos d’un nouveau modèle de société pour demain, et celui-ci ne se construira probablement que devant le fait accompli, étant donnés les retards que nous cumulons et que nous avons diagnostiqués dans le premier chapitre. Il est facile par ailleurs d’estimer de ce que veut dire réduire son niveau de vie, nous pouvons tous l’imaginer aisément. S’engager volontairement et durablement dans une réduction de ses revenus et participer à l’élaboration d’un projet de société pour demain relève d’un tel niveau de courage, en particulier lorsqu’on est responsable d’une famille, que d’aucuns qualifieront de héros ceux qui franchissent le pas et s’y tiennent vraiment.

Il est une étape dans le désengagement qui est très rarement évoquée mais qui change radicalement l’effet de ce désengagement et le rend vraiment héroïque, hors de tout discours : un désengagement du système consumériste contemporain implique de quitter la solidarité qu’il permet, qui passe en particulier par les systèmes d’assurance.

Les sujets absents des débats sont parfois les plus importants de ces débats. Parmi les éléments de solidarité qui sont de purs produits de la société de consommation et auxquels la quasi-totalité des populations des pays les plus riches sont rattachés figurent diverses assurances : responsabilité civile, assurances santé (dont sécurité sociale), assurance habitation, automobile etc. Le fonctionnement des assurances est assez simple : un grand nombre de cotisants génère un capital dans lequel est puisée la valeur qui permet de sécuriser l’assuré en cas de problème de santé, d’accident de la vie, de dommage matériel, de vol. Mais la possibilité pour un citoyen d’être assuré au mieux et à moindre coût dépend d’un point essentiel : le capital créé par les cotisations, insuffisant à lui seul au regard de nos exigences est augmenté par spéculation boursière, c’est-à-dire prise de risque sur les marchés monétaires mondialisés, ceux-là même qui dépendent strictement de l’optimisation de la destruction de l’équilibre écologique vital qui permet la création de richesse.

Nous ne dirons en aucun cas ici que le système de protection tel qu’il existe actuellement est pérenne mais il semble important de rappeler que notre niveau de confort est directement lié à ces assurances. Ce sont nos assurances qui nous permettent d’avoir le temps de penser à l’écologie plutôt qu’au risque de manquer de nourriture ou de perdre un enfant en bas âge à cause d’une maladie bénigne, à l’instar de nos ancêtres et d’une grande partie de la population humaine d’aujourd’hui. Notons qu’un système d’assurance non boursier serait possible mais serait moins performant dans la compétition pour le service rendu à chaque citoyen, il ne pourrait donc probablement pas émerger aujourd’hui, à cause d’un trop faible nombre de cotisants et d’un coût trop élevé.

Si nous souhaitons honnêtement parler de désengagement, il nous faut penser au découplage entre la solidarité et les marchés en commençant par réduire la demande, c’est-à-dire en quittant par exemple la sécurité sociale pour les plus courageux, a minima en la sollicitant le moins possible, en particulier pour les opérations onéreuses. Il faut entendre aussi que même en choisissant de vivre sans assurance personnelle ou familiale, le simple fait d’habiter un pays dont les autres citoyens bénéficient d’une couverture en cas de risque assure une sécurité pour soi-même, car un accident qui arriverait à cause d’un tiers, ou encore une catastrophe écologique serait pris en charge pour tout ou partie. Vivre sans assurance dans un pays assuré revient à rester connecté aux marchés et à la finance. Il est à noter que l’assurance chômage, en France, est aussi dépendante des marchés puisque son déficit est compensé par des emprunts d’états et que le RSA (Revenu de Solidarité Active), financé par la solidarité nationale via les départements et les impôts, a également besoin d’une société économiquement performante pour être garanti.

Afin de préciser mieux encore ce qu’implique un désengagement, il faut rappeler que si vivre assuré est déjà vivre très au-dessus du niveau de vie de la plupart des humains sur Terre, nous nous offusquons volontiers que seul 1 pourcent des humains détienne 50 pourcents des richesses.[16] Il est estimé pourtant qu’il suffit de posséder un peu moins de 10 000 euros de capital (10 000 USD, avril 2017) pour faire partie des 20 pourcents des humains les plus riches, qui sont aussi les plus destructeurs de la planète.[17] 10 000 euros est le prix d’une petite voiture ou une petite partie du remboursement d’un bien immobilier.

Plus globalement encore, un réel désengagement implique de quitter tout avantage, tout confort qui dépend d’une infrastructure qui nécessite d’être entretenue. Quiconque vit dans un pays où marcher sur un chemin de terre signifie être un agriculteur ou en avoir fait le choix pour le loisir fait partie des humains les plus riches et destructeurs de l’environnement, le goudron étant un pur produit de l’industrie pétrolière mondialisée, d’ailleurs assez peu pérenne (les routes doivent être réparées très régulièrement, leur durée de vie n’excède pas quelques décennies, quelques années sous climats difficiles : trop froid… trop chaud). Il a été montré qu’au Canada, le « niveau de vie » d’un sans-abri dépasse le niveau de soutenabilité écologique par le simple fait qu’il vive dans un pays dont l’entretien de l’infrastructure (abris, routes, réseaux d’assainissement des eaux, infrastructure d’approvisionnement et distribution alimentaire…) est énergivore et consommatrice de ressources. Les conclusions de l’étude sont généralisables à l’ensemble des pays riches et en développement.[18] Être un sans-abri dans un pays où la nourriture est surabondante, l’aumône plus conséquente qu’ailleurs et où les vaccins ont réduit la dissémination des maladies est avoir des privilèges sur une grande partie du reste de l’humanité.

Les systèmes d’assurance et l’ensemble des infrastructures qui font nos sociétés et protègent les humains les plus privilégiés rejoignent directement la description de l’évolution de l’humanité que nous avons faite dans l’article « Écologie et post-vérité » : assurances et infrastructures génèrent de la stabilité adaptative là où il n’y en a naturellement aucune, stabilité artificielle qui semble avoir été une quête humaine ancestrale. Le désengagement véritable, hors discours, est bien celui qui réexpose à cette variabilité, c’est-à-dire notamment à une alimentation sans garantie (de surcroît sur une planète en cours de désertification), à l’absence d’abri solide pour dormir et se protéger des intempéries, au risque de mourir d’une otite ou d’une écorchure qui se sera infectée.

Lorsqu’on envisage le désengagement, il faut prendre garde à distinguer dans les discours ce qui n’est viable qu’artificiellement de ce qui pourra être pérenne. Sans aucun doute l’ensemble des expériences de transition de chacun participera à la construction de demain. Mais il nous faut entendre que le désengagement total, qui n’est absolument en rien comparable avec ce que l’écologie populaire entend, ne se décide pas à la légère et que ne pas l’opérer totalement est toujours entretenir l’ancien système, qui spécule sur chacun de ceux qui utilisent, notamment, sa monnaie.[19]

Le désengagement est un risque existentiel immédiat pour soi, ne pas se désengager c’est irrémédiablement détruire l’avenir de tous. Les choix pour l’avenir se réduisent en la nécessité d’assumer l’irréductible inscription de l’humain en tant que vivant parmi les vivants, parfaitement soumis aux lois de l’évolution et de la physique. Nous avons oublié, parce que nous avons été trop longtemps protégés par ce que nous appelons le progrès, que la vie sans technique élaborée, sans infrastructure complexe ni système d’assurance c’est être en bonne santé ou mourir, et que si en tant qu’humain on préfère la vie cela implique inévitablement la destruction de l’équilibre écologique vital.

3.2        Écologie du capitalisme

S’il ne nous sera pas aisé de composer entre le statu quo et le désengagement, et que cela nous exposera à une dissonance cognitive – émotionnelle – perpétuelle, nous pourrons travailler notre honnêteté en tentant d’abandonner certains modes de défausse qui sont les plus banals et les plus vains, que nous penserons même totalement contre-productifs. Parmi les applications courantes de la substitution causale, l’attribution au capitalisme, au libéralisme, à la finance… de la responsabilité des travers de nos sociétés est des plus fréquentes.

Aussi brillante soit-elle, une critique du capital ou de ses instruments qui ne peut trouver audience que chez ceux qui vivent dans une économie capitaliste réduit de fait sa portée. Si nous acceptons quelque qualité heuristique à l’hypothèse de la substitution causale, nous entendrons désormais que cette critique pourra être utilisée par les différents acteurs de cette société pour justifier de leurs opérations en son sein et se délester de ce qu’ils en sont responsables. Nous comprendrons alors mieux pourquoi le capital ne s’est jamais aussi bien porté que depuis qu’il a été dénoncé. Le capitalisme n’est probablement en rien une cause en soi, bien plus un moyen, dont la finalité est le marché, auquel nous sommes tous connectés. Il est possible qu’à aucun moment de l’histoire le capital ait été la cause des inégalités ou de la destruction de l’environnement, il pourrait parfaitement n’avoir été que la réponse structurelle à une demande de développement partagée par une communauté dans son entier (augmentation des salaires, retraites, assurances, propriété…), cette communauté dissimulant les effets délétères de cette demande (guerres, inégalités, destruction de l’environnement…) par substitution causale et rejet de responsabilité. La confusion entre les causes et les moyens pourrait être aussi une articulation essentielle de l’hypothèse de la substitution causale, et l’effet contre-productif de la dénonciation erronée du capitalisme en tant que cause viendrait de ce qu’en informant le système de ses défauts, le système se renforcerait d’autant. La polarisation du conflit autour de la problématique la maintiendrait au lieu de la résoudre.

Nous pourrons tenter l’expérience. Beaucoup de textes qui dénoncent le capitalisme ne perdent pas leur sens lorsqu’on y remplace « capitalisme » par « consumérisme » (ou plus largement par « augmentation du niveau de confort, de santé et de sécurité »). La critique proposée par tel ou tel auteur reste pertinente malgré le remplacement des mots – et nous ne rejetterons pas la nécessité de la critique – simplement la responsabilité se retrouve à sa juste place : diffuse dans la société, désignant la somme des comportements de tous, tout autant de ceux qui auront émis la critique que de leurs lecteurs, qui sont des entités indissociables et indissociables du système dénoncé. Il n’y a pas de critique du capitalisme sans marché, et si auteurs et lecteurs sont eux aussi des produits de ce marché, via leurs revenus et l’ensemble de leurs avantages, le travail critique arrive après-coup et son effet devient non seulement nul pour changer les choses, mais plus encore participe au bon fonctionnement du système, confirmant l’hypothèse de ce que la substitution causale serait bien un facteur de déni de responsabilité renforçant le statu quo, en aucun cas une possibilité de changement de voie adaptative collective.

Consommer goulûment de la critique du capitalisme aggrave la situation car le problème n’est pas le capitalisme, c’est la consommation.

3.3        Écologie et démocratie

Si, grâce à la substitution causale, nous parvenons à nous disculper de notre propre action sur une altérité dédiée, comment penser la démocratie, à l’aune de ce processus de défausse certainement ancien et lié à la satisfaction de nos intérêts en tant qu’espèce ?

Comparons tout d’abord les différences essentielles que nous comprenons entre le modèle politique réputé être un aboutissement pour l’humanité avec la façon dont circule l’information dans le vivant, en n’oubliant pas que la régulation de la vie par la vie a été un succès de solidarité pendant 4 milliards d’années :

Qu’y a-t-il de plus démocratique, au sens de « décision prise en commun », que les interactions entre les êtres vivants, dans lesquelles l’effet de chaque action de chacun provoque une réaction, une réaction régulatrice, sur l’ensemble du système, dans toute sa complexité ?

Lorsqu’un prédateur par exemple « prend la décision » de chasser au-delà de ses besoins immédiats, il réduit la disponibilité des proies et impacte, pour lui ou ses descendants, la possibilité de se nourrir à terme. Son choix a un effet direct sur son avenir et une régulation s’opère qui fera que son comportement ne pourra se maintenir, sous peine de disparition. D’une façon générale, si une espèce « fait le choix » de se développer au-delà de ce que son environnement peut supporter d’individus de cette espèce, le manque de ressource ou l’augmentation consécutive des prédateurs ou pathogènes liés à elle régulera la population. Dans le système vivant, tous les choix liés à l’économie des relations avec l’environnement sont régulés pour le bénéfice de l’ensemble de la vie et de sa complexité.

Qu’y a-t-il de moins démocratique que la démocratie telle qu’elle se propose dans nos sociétés, dans lesquelles la possibilité des agents d’interagir avec l’organisation systémique de leur environnement se réduit à une question à réponse fermée, posée tous les 4 ou 5 ans ?

L’humain a acquis la capacité de déréguler sa relation à l’environnement, c’est-à-dire de ne pas se préoccuper prioritairement des effets négatifs de son action, qu’il peut compenser en exploitant un peu plus ou différemment les ressources dont il dispose. L’humain peut par exemple se déployer démographiquement sans s’inquiéter immédiatement de la disponibilité des ressources (qu’il compensera par de nouvelles techniques) ou du risque de prédation (l’humain a exterminé l’essentiel de ses prédateurs et peut se prémunir des pathogènes). L’humain ne se préoccupe pas de savoir ce que pense le vivant dans son ensemble des « choix » dérégulés qu’il fait, et ceux-ci sont d’autant plus faciles à opérer que la cause de ces choix est extérieure à celui qui les fait, nous l’avons vu.

Nous devons nous demander alors si ce processus de consultation démocratique, ponctuel, clivé et binaire, ne constituerait pas justement un mode optimisé d’échange d’information afin que jamais aucun acteur, en particulier le consommateur, commanditaire premier de la destruction de l’équilibre écologique vital pour son avantage, ne se voit attribuer la causalité, la responsabilité de l’impact délétère collectif. Choisir entre pour ou contre et ne poser la question que lors de scrutins éloignés les uns des autres ne peut en aucun cas être une réponse aux questions posées par la complexité des effets intégrés et systémiques d’une action sur le réel. Pouvons-nous entendre que si c’est bien l’action qui impacte l’environnement, non ce que nous pensons d’elle, les intermédiaires politiques, les élus et technocrates auraient finalement beaucoup moins pour rôle de réguler cette action qu’au contraire la rendre aveugle, leur seul jeu politique se réduisant à renvoyer au consommateur que si les choses ne se passent pas comme prévu ou qu’il y a des dégâts, il faudra trouver la cause dans l’autre camp ?

En reprenant la comparaison entre la circulation de l’information et les prises de décision collectives dans les systèmes naturels et chez les humains, il existe bien aussi chez nous un mode d’action qui soit directement connecté à ses effets sur le monde : gagner et utiliser de l’argent. Ici se place exactement le principe de responsabilité. C’est bien l’économie des interactions dans le réel, celle qui fait circuler les flux de matières et d’énergie, qui correspond à nos choix écologiques. Si ceux-ci n’ont pas pour visée d’être réduits, l’impact ne le sera jamais, et nous pouvons construire sur la réalité de nos actions n’importe quel édifice politique de substitution à la prise de décision et de défausse, cela ne changera rien à l’impact si notre niveau de vie ne baisse pas. La politique et la démocratie découplées de l’action peuvent être comprises comme des constructions culturelles factices qui n’ont pas pour but d’orienter vraiment le cours de notre évolution mais de permettre le fractionnement et la dilution du choix dit libre, ainsi que la substitution causale :  le scrutin ponctuel est une commodité acceptée de tous quand c’est l’action de chaque instant qui fait la réalité économique, et donc écologique.

Une part de l’inconsistance des acteurs politique de la démocratie contemporaine vient sans doute du fait que nous ne les choisissons pas tant pour leurs capacités réelles à prendre des décisions que pour leur capacité à se laisser traverser par des décisions qui sont prises ailleurs, c’est-à-dire directement par nos choix individuels de consommateurs multipliés par notre nombre, tout en donnant l’illusion de​ la représentativité. En réalité, leur rôle serait bien plus la négociation du maintien de la déconnexion entre le choix factuel des sociétés qui est le maintien ou l’augmentation de leur capacités à se défendre existentiellement (puissance économique) et les contreparties de cette puissance. La puissance d’un pays proviendrait en grande partie de ce que, grâce à l’interface politique, l’agent consommateur ne porte pas lui-même que son acte est strictement ce qui fait prendre le risque de l’augmentation des inégalités, de la guerre et procède à la destruction de l’équilibre écologique vital.

Si en tant que consommateurs nous souhaitons réajuster nos comportements aux effets qu’ils produisent sur le monde, nous devons entendre qu’afin de lutter par exemple contre la délocalisation qui a mené à la désindustrialisation de nos pays, ce qui leur fait prendre le risque à terme d’une baisse d’autonomie, d’une augmentation du chômage, il aurait fallu que nous ne demandions pas ces avantages salariaux et sociaux qui ont augmenté le coût du travail et que nous n’achetions pas de produits manufacturés – moins chers – provenant de l’étranger. De la même façon, si nous regrettons aujourd’hui le délabrement de nos terres agricoles, polluées aux pesticides et pour certaines désormais stériles sans apport d’engrais il nous aurait fallu consacrer à notre alimentation la plus grande part de notre budget quotidien, au détriment de l’acquisition d’autres avantages, comme au cours de l’essentiel de l’histoire de l’humanité.

Il n’est pas dans l’intérêt du politique de lutter contre ces choix de consommation, ils doivent même être promus afin d’augmenter la performance immédiate du pays dans la compétition économique, car ces choix favorisent l’enrichissement global. Mais à terme ils sont nocifs. Le processus démocratique coupe la causalité entre ces choix de consommation et leurs conséquences, laissant imaginer que la délocalisation ou l’industrialisation de l’agriculture sont des décisions « provenant d’en haut », de la gouvernance, et que nous pourrions les influencer en votant pour un camp ou pour un autre, alors que leur origine se trouve dans le besoin du consommateur et le besoin du développement d’une économie forte dans la compétition. Le processus démocratique est parfaitement fonctionnel en période de croissance et potentiellement incompatible avec un risque de déclin ou d’effondrement. Nous noterons d’ailleurs que dans l’artifice du choix droite / gauche de l’essentiel des pays dits démocratiques, aucune des deux options ne remet en cause la perspective de croissance économique, les deux faisant sur ce point les mêmes promesses.

En résumé, la démocratie propose un vote factice qui ne modifie pas la trajectoire globale de la société mais qui dissimule opportunément le fait que nous votions tous les jours très concrètement avec notre argent.

Si le processus démocratique semble si performant à optimiser notre aveuglement sur le réel, nous rappellerons qu’il est souvent présenté comme une des conditions sine qua non à la mise en œuvre d’aménagements politiques et économiques plus vertueux sur le plan environnemental. Si nous envisagions une démocratie idéale, qui exposerait clairement aux peuples que l’adaptation pour l’humain est aussi binaire que pour tout être vivant (vie ou mort) et que la protection de l’environnement est impossible, nous observerions certainement que ces peuples ajusteraient malgré tout, à cause de l’irréductible compétition, leurs choix de gouvernance à l’aune de leur consommation c’est-à-dire sans aucunement protéger l’environnement. Que la démocratie soit le chemin vers une plus grande vertu écologique est un postulat hautement spéculatif. Ne le voyons-nous pas déjà, alors que la réalité de la problématique écologique, en particulier le ralentissement économique dû à la baisse du Taux de Retour Énergétique[20] commence à toucher au portefeuille de la classe moyenne des pays dits démocratiques ?

Le principe de responsabilité autonome vient mettre en exergue les limites de la démocratie, telle qu’elle autorise la circulation de l’information dans la complexité des sociétés humaines. Si l’atout de la démocratie est d’optimiser la substitution causale et le découplage entre l’économie réelle et ses effets sur le monde, elle est strictement contraire à l’intérêt de l’inscription de l’humain à long terme dans son environnement.

Grâce à la grille de lecture de la substitution, nous ne serons pas surpris qu’historiquement l’apparition et le développement de la démocratie soit en phase avec les périodes lors desquelles les sociétés humaines ont été les plus complexes, où les inégalités ont été les plus grandes, où l’exploitation des ressources a été maximale. Nous devons envisager l’hypothèse historique anthropologique que l’apparition de processus de choix démocratiques soit liée à la nécessité d’optimiser ce découplage entre l’action et ses effets en plaçant des intermédiaires ad hoc, de la même façon sans doute que tout ce qui fait la spécificité adaptative de l’humain relève de cette problématique de la relation à l’environnement, comme par exemple l’apparition des religions morales  à partir d’un certain niveau d’énergie consommé par l’être humain (voir l’article précédent sur les mythologies de substitution au cadre de lois naturelles).[21]

Cette hypothèse de la substitution causale permettant une action qui sans elle serait bridée par le fait que l’agent devrait traiter par lui-même les effets de ses actions trouverait aussi écho à travers les célèbres expériences de Milgram,[22] qui ont montré comment des individus pouvaient opérer des maltraitances sur des humains dans la mesure où l’ordre leur était donné par un tiers. Dans l’esprit des personnes qui ont participé à l’expérience, aurions-nous pu observer comment la substitution causale aurait constitué la condition nécessaire à la prise de risque et à l’action ? Envisagerons-nous une interprétation fertile et novatrice à la servitude volontaire,[23] tant la substitution causale semble rendre service au sujet dans son adaptation quotidienne, pour laquelle il n’aurait peut-être pas pris tant de risque s’il n’avait pu découpler l’origine de son emprise sur le monde de sa propre personne agissante ?

Si la démocratie est bien un système de gouvernance construit sur la défausse de responsabilité, nous pourrions la comparer à une expérience de Milgram à grande échelle, dans laquelle l’action libérée ne produirait pas de décharge électrique sur une victime jouée par un comédien, mais des effets écologiques concrets sur l’environnement réel.

Les révoltes qui ont mené à l’acquisition du droit de vote ont réduit la possibilité pour les individus d’être questionnés sur leur vie ou ce qu’ils pensent de la gouvernance de leur pays, mais elles ont développé l’opportunité pour eux de se décharger de devoir prendre des précautions dans leur acquisition d’avantages matériels. Il est compréhensible que le droit de vote ait été largement une revendication populaire, il est en fait un droit élaboré à l’absolution, compatible avec la vitesse d’évolution des marchés, avec l’occultation de l’avenir et du temps long pour le bénéfice de la satisfaction immédiate, qui gratifie bien plus vite que les efforts et l’abnégation nécessaires afin de surveiller l’horizon.

Le succès du droit de vote provient aussi sûrement de ce qu’il est l’acquisition d’un avantage dans la compétition sur tous ceux dont l’action, en particulier en période d’opulence, reste bridée par la contrainte de gérer ce qu’ils sont et font par eux-mêmes, ou à partir de cadre moraux limitant trop l’action (lois naturelles, religion, dogme politique unilatéral). Les modèles qui n’offrent pas la possibilité de l’illusion du libre choix décorrélé de toute engeance supérieure, que cette engeance soit d’origine naturelle ou une création métaphysique, sont moins performants pour la croissance économique. Nous observerons dans les temps à venir comment le retour de cadres moraux plus contraignants ne sera pas tant la preuve de leurs qualités intrinsèques que celle de la décadence de celui qui ne peut se maintenir qu’en lien avec une économie dérégulée, qui commence déjà à défaillir.

Désormais que le contexte change et expose à une décroissance forcée, tout est à écrire d’un modèle de gouvernance compatible avec un réinvestissement conscient de l’adaptation et de ses effets, c’est-à-dire une gouvernance dans laquelle le sujet qui veut protéger l’avenir de ses enfants aurait pour mission première de devoir assumer directement, dans l’instant et sans défausse possible, chacun de ses choix. Les contraintes écologiques constituent par ailleurs, par définition, une contrainte totale, qui atteindra tout du fonctionnement de nos sociétés, à tous les niveaux. Comment mettre en place une gouvernance non totalitaire devant le retour de la contrainte totale des limites environnementales ?

La démocratie de demain recueillera l’information provenant du peuple en permanence, en indexant sans discontinuité la prise de décision aux vécus, besoins et contraintes ressenties par l’ensemble des citoyens, exactement comme les marchés sont aujourd’hui directement connectés à la consommation de ces mêmes citoyens.

La démocratie de demain ne sera pas l’anarchie, dans le sens d’absence d’architecture de gouvernance. Elle sera au contraire la réconciliation avec l’absolu des lois naturelles qui gouvernent, et nous l’avons occulté, l’organisation de toutes sociétés, humaines comme animales. Ni Dieu, ni maître, uniquement les lois de l’évolution et de la physique. Une société qui saura rechercher la causalité naturelle des évènements qui lui permettent l’existence sera la plus performante pour traverser l’épreuve d’un déclin ou d’un effondrement.

3.4        Jugement

Le principe de responsabilité autonome, en particulier s’il parvient à disqualifier jusqu’au principe démocratique en tant qu’institutionnalisation de la décharge de responsabilité, verra peut-être un réflexe défensif archaïque se mettre en place chez les plus pusillanimes : le jugement. Privés de la possibilité de la défausse sur ce qu’ils auront opéré eux-mêmes, certains pourront adopter une position moralisatrice arbitraire et ostentatoire. Par exemple, sans avoir aucunement atteint leurs ambitions de « sauvetage de la nature », les mouvements dits d’écologie radicale sont déjà très prompts à juger les citoyens pour leur attentisme ou les politiques pour leur hypocrisie. Les techno-scientistes pour leur part ne se retiennent pas de condamner les néo-ruraux permaculteurs, les climato-négationnistes jugent quant à eux qu’ils ont seuls la bonne définition du doute et que toute autre interprétation est servilité au « système » etc. Ce réflexe sera-t-il contrebalancé demain, pour celui qui sera jugé, par le bénéfice d’avoir retrouvé la souveraineté de ses choix, ainsi que par la dignité de ne les assumer que par lui-même ? Les juges verraient alors leur sentence se diluer et perdre toute valeur devant ce qui serait, cette fois, une authentique capacité de résilience : en acceptant le changement et l’adaptation, ceux qui écriront eux-mêmes leur existence en respectant les lois du monde conserveront leur force, ceux qui s’illusionneront encore sur une toute puissance qui n’a de valeur que par le mépris de l’autre seront incapables de surmonter les épreuves à venir.

3.5        Théorie écologique de l’esprit

Pour reprendre l’idée que la substitution causale participerait aux fondements du développement de la psyché, nous pourrions considérer qu’elle serait une condition nécessaire à la pensée magique, si présente dans l’écologie. En dissociant les effets de leurs causes naturelles, tout devient possible pour l’esprit, et l’humain serait bien cette espèce capable d’être convaincue que son imaginaire a plus grande valeur de vérité que la réalité elle-même.

En préliminaire à une réflexion future, nous pourrons envisager que la substitution causale pourrait avoir participé à la construction des langages élaborés, la distinction des pronoms (ce que je fais et ce que nous faisons n’est pas ce qu’il/elle, ils/elles font), ainsi que l’articulation grammaticale de l’action verbalisée pourraient provenir de ce qu’il aura été nécessaire, dans la perspective d’un gain adaptatif par surexploitation des ressources, de négocier par le langage des narrations différenciées et différenciantes. La maîtrise d’une articulation langagière plus complexes et élaborée aurait alors permis une emprise plus sûre et plus difficile à contrecarrer par les populations aux langages plus frustes, moins capables de s’écrire une légitimation adaptative permettant la spoliation des ressources et le rejet de leur propre responsabilité.

4         Singularité écologique

La perspective générale du risque d’effondrement et l’ensemble des hypothèses proposées au cours de ces articles pour comprendre la totale inefficacité de l’écologie, qu’elle soit scientifique, politique ou philosophique pour amenuiser les dégâts constituent peut-être un ensemble de propositions fausses, qui pourront être réfutées. Mais ces propositions ne font pas de promesse, leur seule ambition est de décrire les évènements tels qu’ils se déroulent, non tel que nous les préférerions.

En appui sur le principe de compétition et sur le principe de responsabilité autonome, l’étude des risques de déclin ou d’effondrement pourraient s’engager dans un nouveau projet ambitieux, mais sans doute le seul à pouvoir avoir des effets concrets : utiliser le principe de compétition à l’avantage de la mise en œuvre des aménagements attendus et indispensables afin de minimiser les risques d’emballement systémique, de dérive idéologique, de dérive vers la violence.

En vertu de ce principe de compétition pour l’existence, et en application stricte du principe de responsabilité autonome, il revient assurément à ceux qui envisagent un autre avenir que le déclin, ou même un avenir meilleur, d’assurer que c’est possible. Il revient aux promoteurs du développement durable, de la croissance verte, de la décroissance heureuse (démocratique et qui n’exclut personne), de la substitution des énergies en vue d’une « décarbonation » de nos sociétés, aux défenseurs d’une « énergie libre » qui assurerait un développement infini ou encore à ceux qui souhaitent provoquer la chute de la civilisation afin de permettre un « retour aux sources » salvateur etc. de démontrer qu’ils peuvent assumer leurs ambitions. La charge de la preuve est du côté de ceux qui font des promesses.

Cette mise en œuvre du principe de responsabilité autonome, parce qu’elle interdit la défausse et contraint l’esprit à se réintéresser au réel directement perçu et à son histoire plutôt qu’à une altérité ou un futur hypothétique, paraît être la seule façon d’atteindre ce que nous appellerons la « singularité écologique », c’est-à-dire ce moment de l’histoire à partir duquel l’ensemble des humains dominants (qui régissent ou influencent peu ou prou, directement ou indirectement, par leurs décisions ou leur niveau de vie l’adaptation de tous les autres humains) accepteraient d’admettre que le développement de l’humanité est terminé et que les conditions de confort et de santé, même pour les plus privilégiés ne pourraient que se réduire.[25]

La singularité écologique, par l’entremise du principe de responsabilité autonome, c’est en particulier replacer face à leurs responsabilités chacun de ceux qui ont choisi d’avoir du pouvoir, de faire partie des humains qui peuvent influencer par leurs décisions le cours de l’évolution d’une communauté, ce que ne peuvent pas faire des citoyens isolés : les politiques, les industriels, les lobbys etc. Ces personnes ou groupements de personnes situés aux postes clés, en les obligeant à assumer par eux-mêmes les effets de leurs décisions, puisque leurs interlocuteurs resteront hermétiques à leur défausse, se retrouveront contraints à attester que leurs promesses sont compatibles avec la réalité.  Bien sûr, la condition sine qua non à la mise en œuvre de cet objectif dépendra de ce que tout un chacun saura appliquer le principe de responsabilité autonome. La compétition ne devra plus s’opérer par défausse de responsabilité, par opposition des discours indépendamment de l’action, mais justement entre la réalité des effets de l’action et les promesses faites. Les citoyens sont responsables de leur impact sur l’environnement, les décideurs sont responsables de leur propre impact ET des décisions qu’ils prennent pour la communauté. Puisqu’il est une mission claire de quiconque a le pouvoir de se préoccuper de l’avenir, il ne relèvera d’aucun prosélytisme de s’adresser aux puissants pour leur faire entendre combien notre avenir est compromis à cause de la destruction écologique vitale.

Afin d’atteindre la singularité écologique, et même si nous devrons toujours négocier entre le statu quo et le désengagement, personne ne devra plus se défaire de sa responsabilité devant l’avenir du monde. En serons-nous capables ?

5         Valeurs

Il n’y a pas d’inquiétude majeure à avoir sur le « comment » de l’adaptation à venir, nous saurons faire. Comme nous l’avons présenté dans les articles précédents, nous saurons faire non pas parce que nous sommes une espèce plus intelligente ou parce que notre capacité à écrire une morale artificielle que nous croyons supérieure nous attribue un destin privilégié. Nous saurons faire simplement parce que, selon le principe de compétition et de sélection, tous les possibles seront tentés et que les mauvaises idées et ceux qui les portent seront distancés ou éliminés.

Bien sûr, et nous verrons là le sujet principal de notre inquiétude, dans un contexte où les possibles se restreignent, en particulier pour l’agriculture et la santé, la perspective d’une stabilité démographique de la population après 2050 est hautement improbable.[26] Le taux de décès passera inévitablement un jour au-dessus de celui des naissances. Nous nous adapterons au déclin, contraints et forcés. Il est trop tôt pour estimer des capacités de l’humain à survivre à long terme à ce déclin, cette survie éventuelle étant très largement dépendante de l’état général de la biosphère et de ce que son instabilité ne contraindra pas les humains de demain au versant autodestructeur de la compétition. Si en effet la biosphère est trop endommagée et chaotique, exerçant une trop forte pression sur les populations, la stabilité adaptative à terme reste hautement hypothétique.

Ce qu’il faut faire, nous le savons déjà : il faut adapter nos sociétés à un monde contraint sur tous les fronts de leurs approvisionnements : énergie, matières premières, alimentation. Nous devons opérer cette adaptation en « dynamique de négativité », c’est-à-dire dans la perspective d’une réduction stricte de ces approvisionnements et d’une diminution de notre capacité à nous adapter, diminution qui pourra être tempérée par des paliers mais qui pourra aussi subir des accélérations (des ruptures) imprédictibles. Toutes les initiatives qui visent à anticiper la réduction des potentiels d’adaptation sont donc à promouvoir : Low-Tech, déplacements doux, circuits courts etc.

Quoi qu’il en soit, quelles que soient les échéances et notre destinée finale, et en prolongement du diagnostic que nous proposons de l’échec de l’écologie contemporaine, peut-être pouvons-nous envisager pour demain réinvestir des valeurs que l’aveuglement sur ce que nous sommes nous a fait oublier.

Nous sommes âgés de 4 milliards d’années. Nous sommes bien le résultat d’une évolution par sélection qui nous aura propulsés au sommet de la chaîne de prédation, pour notre avantage éphémère et dans la destruction irrémédiable de ces mêmes conditions d’existence qui auront permis notre apparition. Cet héritage est terrible et lourd, mais nous devons l’assumer, nous devons en être à la hauteur, que notre choix s’oriente vers le désengagement par courage, ou le statu quo par faiblesse. Si aujourd’hui les repères se fragilisent, si nos sociétés ne savent plus investir de projet pour leur avenir, perdues qu’elles sont devant les dégâts, les pénuries et la paralysie à venir dues à la déplétion énergétique, il reste que nous pouvons malgré tout continuer à regarder haut devant, transmetteurs et intermédiaires que nous sommes de ce que l’évolution aura fait de nous.

Nous pouvons encore être dignes de cet absurde mais implacable projet évolutif : nous participons à la construction du grand lien qui tient ensemble tous les éléments qui constituent le réel instantané et historique, tout l’Univers. Nous nous rangerons à cette acception de la dignité qui nous met face à nos responsabilités : nous existons, et ce simple privilège doit nous interdire de nous rabaisser, de nous vautrer, d’user en particulier de quelque stratagème moral qui viserait à soustraire de l’existence humaine quelque humain que ce soit sur le simple critère qu’il existerait ou penserait différemment. L’évolution nous a fait riches et forts de nos différences, la dignité devant elle sera de promouvoir cette richesse afin de mieux traverser les écueils à venir, face auxquels nous serons d’autant plus forts que nos ressources culturelles et nos compétences seront diversifiées.

Être digne de l’évolution et de sa complexité obligera certains à se confronter à leurs retranchements, à faire appel en eux à des ressorts d’ouverture et de tolérance qu’ils n’auront pas encore apprivoisés, d’autant moins peut-être que le réflexe premier en période d’incertitude est souvent de se replier sur son égoïsme et sa petitesse. Nous retiendrons là encore ce que le principe de responsabilité autonome envisage pour demain : tout le monde est acteur du déclin et de l’effondrement. Prolonger la défausse et l’attribution à d’autres que soi cette responsabilité que nous partageons tous ne pourra désormais plus sortir du champ de la malhonnêteté. La valeur d’honnêteté complètera celle de dignité et toutes deux nous placeront à la fois dans l’histoire dont nous héritons et dans le temps de sa perpétuation.

Une ultime valeur nous placera dans le temps des lendemains : la vergogne. Nous comprendrons ici la vergogne comme la crainte d’une honte future, et nous ne serons pas surpris qu’elle ait été de ces valeurs oubliées de tous en période d’accélération de la destruction de l’environnement, quand elle a été favorablement investie à d’autres périodes de l’histoire, plus douces.

« Sous un certain angle, la honte apparaît comme l’exact opposé de la colère. La colère est conçue par les médiévaux comme un mouvement véhément de désir ; la honte s’accompagne d’un retrait, voire d’une fuite. La première donne la satisfaction de s’être comporté conformément à ses valeurs, la seconde provoque un dégoût de soi dans la douleur d’avoir failli à ces mêmes valeurs. Il y a néanmoins des ressemblances qui peuvent faciliter les rapprochements, en particulier des signes somatiques, puisque la colère comme la honte se manifestent par le rougissement, si bien qu’il n’est pas rare qu’un rougissement de colère se mue en un rougissement de honte, et inversement. (…)

Selon Thomas d’Aquin, qui suit Aristote, la vergogne, (verecundia) est l’émotion de ceux qui craignent d’être exposés à la réprobation publique. Elle est une forme de honte modérée ressentie par anticipation, afin de se prémunir des affres consécutives à la faute accomplie. Selon la tradition, la vergogne sied tout particulièrement aux femmes, pour qui les risques sont considérables, ainsi qu’aux jeunes gens qui sont encore en train d’apprendre à discriminer le bien du mal. »[27] (Damien Boquet, Piroska Nagy)

Quoi que nous fassions désormais, nous sommes conscients de ce que signifie exister au regard de la question écologique et de l’avenir de l’humanité. Nos descendants hériteront de nos choix et ce que nous devons déjà assumer ils le devront également, mais chaque jour dans un monde plus difficile. La vergogne nous aidera à opérer notre adaptation, elle nous rappellera à chaque instant de nos vies que ce que nous faisons aujourd’hui sera aussi la meurtrissure, la larme d’un de nos enfants.

Agir désormais sans vergogne interdira toute noble élection dans les récits que se transmettront les humains de demain.

6         Transition 2017

Nous avons proposé au cours de ces quatre textes un diagnostic de notre incapacité à modifier notre trajectoire adaptative, alors que notre niveau de connaissance des risques est suffisamment élevé. Avant même sa réalisation, le seul risque de la destruction de l’équilibre écologique vital aurait dû nous faire stopper tout développement, nous n’avons pourtant appliqué aucun principe de précaution, nous avons même continué à accélérer.

Les premières conclusions auxquelles nous avons été menés – essentiellement que la protection de l’environnement est impossible et que le principe de compétition ne peut être contourné – nous ont permis d’affiner le diagnostic en explorant ce que notre esprit est capable de comprendre et interpréter à la faveur de ses intérêts, des intérêts adaptatifs de l’espèce qui le porte.

D’aucuns interpréteront la disqualification de la possibilité de la protection de l’environnement comme un appel au statu quo, voire à l’accélération. Il n’en est évidemment rien et concernant en particulier l’extermination de la vie sauvage et la souffrance animale, nous pourrons conclure, puisque la discontinuité entre la nature et nous n’existe pas, et dans l’application à nouveau du principe de responsabilité, que nous sommes aussi les animaux que nous exterminons.

Pour l’avenir, en particulier dans l’ambition d’une réforme du cadre moral et conflictuel dans lequel l’humanité évolue habituellement, les perspectives d’action qui nous restent laissent augurer que le déclin des possibilités d’adaptation ne se traduise pas nécessairement par un emballement menant à un effondrement rancunier, violent, obscurantiste à tous égards.

Toutefois, bien que le diagnostic semble pertinent, l’application du principe de responsabilité autonome reste peut-être hors de notre atteinte. La compétition pourrait être trop grande, les dénis trop massifs, la lâcheté trop répandue. Trop peu d’entre nous seraient capables d’accepter qu’ils agissent par eux-mêmes la destruction de leur avenir et de celui de leurs enfants. Nous devons envisager que l’organisation future des échanges entre communautés continue – jusqu’à la fin – selon la « Loi de la dichotomie à l’axe », c’est-à-dire dans une substitution causale qui resterait première et nécessaire dans la justification de l’action, qui structurerait encore toute relation humaine dans une opposition toujours opportune.[28] Il faut envisager qu’assumer nos responsabilités à l’unisson soit au-delà de nos capacités, ce qui attesterait que la substitution causale serait bien ce qui nous définit en propre, ce qui nous rendrait aussi incapables de nous extraire de notre condition.

Si le principe de responsabilité autonome reste inapplicable et qu’il ne résout pas la question de notre devenir collectif, il en clarifie en tout cas les modalités et permettra de nous positionner mieux, avec des repères plus solides, dans la complexité et le chaos à venir. Il permettra en particulier de nous épargner quantité d’analyses qui ne tiennent plus et dont on pourrait même estimer qu’elles favorisent rejet, déni et procrastination en appliquant à la lettre et de façon parfois aussi obscure que sophistiquée la substitution causale. Depuis que l’humain écrit, combien de textes partent du principe arbitraire et réducteur que la cause des problèmes est ici où là, industrielle, économique, financière, politique, religieuse ? L’honnêteté et le réel désir de pouvoir regarder nos enfants en face doivent pourtant nous faire admettre que la responsabilité de la destruction de l’environnement revient à l’humanité tout entière, vous, moi, nous tous, et que seule cette révélation permettra de nous confronter dans la solidarité à la construction du monde de demain.

Notes et références :

[1] Association Adrastia : « Nous sommes à la veille d’un basculement écologique planétaire inédit » Interview de Vincent Mignerot par Vincent Froget, pour Le Comptoir, 2016. https://comptoir.org/2016/05/25/association-adrastia-nous-sommes-a-la-veille-dun-basculement-ecologique-planetaire-inedit/

[2] Préserver l’efficacité des antibiotiques, Haute Autorité de Santé, 2016. « En France, les résistances bactériennes continuent de croître, malgré la mise en œuvre d’actions visant à les limiter depuis près de quinze ans. » http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1751877/fr/preserver-l-efficacite-des-antibiotiques

[3] Le climat change, les épidémies aussi, Courrier International, 2010. http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/30/le-climat-change-les-epidemies-aussi

[4] Définition CNRTL : http://www.cnrtl.fr/definition/performative

[5] Nous ne rejetons pas que la médecine moderne, très performante mais dépendante de sociétés riches, traite aujourd’hui de nombreuses maladies et pathologies qui n’auraient pas émergé sans l’agriculture, les grandes villes et nombre de polluants dont nos sociétés ne savent pas se passer. Nous retrouverions ici encore le syndrome de la Reine Rouge vu précédemment : nous devons aussi nous adapter aux dégâts que notre évolution a causés, ce qui participe à générer d’autres dégâts etc.

Illich Y. 1981. Némésis médicale, l’expropriation de la santé. Paris : Seuil

L’agriculture ou la pire erreur de l’histoire de l’humanité. Par Jared Diamond, Prof. UCLA School of Medicine. Discover-May 1987, pp. 64-66

[6] Gaffney O. Steffen W. The Anthropocene equation. First Published February 10, 2017. DOI : 10.1177/2053019616688022

[7] Wikipédia – Résilience : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9silience

[8] CNRTL – Résilience : Étymol. et Hist. 1906 résélience (La Vie au grand air, 19 janv., p. 53b ds Quem. DDL t. 17); 1911 résilience (Lar. mens., janv., p. 20). Empr. à l’angl.resilience, att. dans ce sens dès 1824 (NED), spécialisation de resilience « fait de rebondir » (1626, Bacon, ibid.), dér. de resilient, propr. « rejaillissant, rebondissant » (resilient*). Rey-Gagnon Anglic. 1981. http://www.cnrtl.fr/etymologie/r%C3%A9silience

[9] Carton H., Servigne P., Sinaï A., Stevens R., 2015. Petit Traité de résilience locale. Éditions ECLM

[10] Coluche, Misère (sketch), 1978

[11] Si le principe de responsabilité autonome semble se faire l’héritier du « Principe responsabilité » de Hans Jonas, il diffère notamment, dans notre diagnostic de l’échec des écologies philosophiques et politiques, en ce qu’il ne prolonge pas le paradigme naturaliste et ses dérivées qui découpleraient l’humain de ce qui le définit par ailleurs, comme la technologie et ses usages, ni ne discute du droit comme d’une entité indépendante de l’action, avec laquelle il serait possible de négocier par l’intellect. Alors que le Principe responsabilité de Jonas a pu participer à la complexification de la pensée écologique sans en résoudre les questionnements fondamentaux ni obtenir de résultat pour préserver l’avenir, le principe de responsabilité autonome réduit le champ des possibles, la pensée et la responsabilité à la binarité imposée par le principe de vie : l’action impacte, l’absence d’action est la mort. L’hypothèse que nous explorons est bien que la richesse du cadre de négociation qui estime du droit humain à agir sur l’environnement ait pour objet véritable – mais non revendiqué – non pas de restaurer le cadre strict et irréductible de la binarité de la régulation mais de codifier ce cadre en langages non naturels, non compatibles avec les échanges qui régissent les interactions entre les êtres vivants, de le complexifier en espérant maîtriser les règles de cette complexification pour qu’elles se substituent au mieux aux règles naturelles afin d’éloigner de l’esprit, et de l’émotion, ce qu’agir entraîne toujours dans le réel. Humain, technologie, législation construite par l’esprit se réfèrent dans notre analyse à la totalité de l’unique et insécable système bio-anthropo-technique en évolution intégrée, le diagnostic étant justement qu’il n’est pas possible de décorréler intérêt humain dans l’évolution et déploiement des moyens qui lui permettent l’acquisition d’avantages, ni même de dissocier de l’action le cadre moral qui lui correspond. Voir Jonas H. 1990. Le principe responsabilité, Champs Flammarion

[12] « Le bon sens est la chose la mieux partagée car chacun pense en être si bien pourvu, que même ceux qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger, et de distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tout homme ; et qu’ainsi la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est l’appliquer bien. » Descartes, Discours de la méthode, (1637)

[13] Bihouix P. 2014. L’âge des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable. Paris : Seuil

[14] Paradoxe de Jevons (économiste), 1865 et postulat de Khazzoom-Brookes – Harry Saunders, 1992 :

À mesure que les améliorations technologiques augmentent l’efficacité avec laquelle une ressource est employée, la consommation totale de cette ressource peut augmenter au lieu de diminuer.

[15] Giraud G. Roman P. Lalucq A. Frémeaux P. 2014. Produire plus, polluer moins : l’impossible découplage ? Les Petits Matins et l’Institut Veblen

[16] Rapport thématique OXFAM, Insatiable richesse : Toujours plus pour ceux qui ont déjà tout. Deborah Hardoon, Chercheur expert, 2015

[17] Research Institute Thought leadership from Credit Suisse Research and the world’s foremost experts, 2014, p. 98

[18] Mackenzie, H., Messinger, H., & Smith, R. (2008): Size matters: Canada’s ecological footprint, by income. Canadian Centre for Policy Alternatives. Autre étude sur le sujet : Gutowski, T., Taplett, A., Allen, A., Banzaert, A., Cirinciore, R., Cleaver, C., … Wolf, M. (2008). Environmental Life Style Analysis (ELSA). In IEEE International Symposium on Electronics and the Environment [4562900] DOI: 10.1109/ISEE.2008.4562900

[19] Nous suivrons avec attention les projets de monnaie locale dont pourront émerger des monnaies de substitution si les principales venaient à défaillir.

[20] TRE = Taux de Retour Énergétique, dit aussi ERoEI pour Energy Return on Energy Invested. « L’ERoEI est le rapport entre l’énergie récupérée et l’énergie consommée pour cette production. ERoEI = (Energie récupérée) / (Energie consommée pour la production) ». Benoît Thévard, La diminution de l’énergie nette, frontière ultime de l’Anthropocène, Institut Momentum, Séminaire du 13 décembre 2013

[21] Baumard N. Hyafil A. Morris I. Boyer P. Increased Affluence Explains the Emergence of Ascetic Wisdoms and Moralizing Religions. Published Online: December 11, 2014 DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2014.10.063

[22] L’expérience de Milgram est une expérience de psychologie réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram. Cette expérience cherchait à évaluer le degré d’obéissance d’un individu devant une autorité qu’il juge légitime et à analyser le processus de soumission à l’autorité, notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet. (Wikipédia)

[23] Etienne de La Boétie. 1997. Discours de la servitude volontaire. Paris : Mille Et Une Nuits

[24] Référence supprimée

[25] La singularité écologique. Vincent Mignerot, 2015 : http://www.theorie-de-tout.fr/2015/02/23/singularite-ecologique/

[26] Meadows D. H. 2012. Les limites de la croissance dans un monde fini. Paris : Rue de l’échiquier

[27] Boquet D. Nagy P. 2015. Sensible Moyen Âge – Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval. Paris : Seuil

[28] Mignerot V. 2014. Le piège de l’existence. Lyon : SoLo Editions – Article en ligne : http://www.theorie-de-tout.fr/2011/07/16/dichotomie-a-laxe-et-libre-arbitre/

Bibliographie de l’ensemble des textes de la série Transition 2017 :

Andrew J. Trant, Wiebe Nijland, Kira M. Hoffman, Darcy L. Mathews, Duncan McLaren, Trisalyn A. Nelson & Brian M. Starzomski. Intertidal resource use over millennia enhances forest productivity. Nature Communications 7, Article number: 12491 (2016). doi:10.1038/ncomms12491

Auzanneau M. 2015. Or noir. La grande histoire du pétrole. Paris : La Découverte

Bartlett, L. J., Williams, D. R., Prescott, G. W., Balmford, A., Green, R. E., Eriksson, A., Valdes, P. J., Singarayer, J. S. and Manica, A. (2016), Robustness despite uncertainty: regional climate data reveal the dominant role of humans in explaining global extinctions of Late Quaternary megafauna. Ecography, 39: 152–161. doi:10.1111/ecog.01566

Baumard N. Hyafil A. Morris I. Boyer P. Increased Affluence Explains the Emergence of Ascetic Wisdoms and Moralizing Religions. Published Online: December 11, 2014 DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2014.10.063

Bihouix P. 2014. L’Âge des low tech, Vers une civilisation techniquement soutenable. Paris : Seuil

Bioaccumulation of persistent organic pollutants in the deepest ocean fauna. Alan J. Jamieson, Tamas Malkocs, Stuart B. Piertney, Toyonobu Fujii & Zulin Zhang. Nature Ecology & Evolution 1, Article number: 0051 (2017)  doi:10.1038/s41559-016-0051

Boquet D. Nagy P. 2015. Sensible Moyen Âge – Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval. Paris : Seuil

Bourg D. Papaux A. 2015. Dictionnaire de la pensée écologique. Paris : Presses Universitaires de France

Campbell J. 2010. Le héros aux mille et un visages. Toulouse. Oxus

Carton H., Servigne P., Sinaï A., Stevens R., 2015. Petit Traité de résilience locale. Éditions ECLM

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Diamond J. 2009. Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. Paris : Folio

Earth’s Energy Imbalance: Confirmation and Implications. By James Hansen, Larissa Nazarenko, Reto Ruedy, Makiko Sato, Josh Willis, Anthony Del Genio, Dorothy Koch, Andrew Lacis, Ken Lo, Surabi Menon, Tica Novakov, Judith Perlwitz, Gary Russell, Gavin A. Schmidt, Nicholas Tausnev. Science03 Jun 2005 : 1431-1435

Faurby S. and Svenning J.-C. (2015), Historic and prehistoric human-driven extinctions have reshaped global mammal diversity patterns. Diversity Distrib., 21: 1155–1166. doi:10.1111/ddi.12369

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Fressoz J.-B. Bonneuil C. 2013. L’événement anthropocène – La Terre, l’histoire et nous. Paris : Seuil

Gaffney O. Steffen W. The Anthropocene equation. First Published February 10, 2017. DOI : 10.1177/2053019616688022

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Guadalupe Monge, Francisco J. Jimenez-Espejo, Antonio García-Alix, Francisca Martínez-Ruiz, Nadine Mattielli, Clive Finlayson, Naohiko Ohkouchi, Miguel Cortés Sánchez, Jose María Bermúdez de Castro, Ruth Blasco, Jordi Rosell, José Carrión, Joaquín Rodríguez-Vidal & Geraldine Finlayson. Earliest evidence of pollution by heavy metals in archaeological sites. Scientific Reports 5, Article number: 14252 (2015). doi:10.1038/srep14252

Harari Y. N. 2015. Sapiens : Une brève histoire de l’humanité. Paris : Albin Michel

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Wright D. K. (2017) Humans as Agents in the Termination of the African Humid Period. Front. Earth Sci. 5:4. doi: 10.3389/feart.2017.00004

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Zickfeld K. Herrington T. The time lag between a carbon dioxide emission and maximum warming increases with the size of the emission. Published 10 March 2015 • © 2015 IOP Publishing Ltd – http://iopscience.iop.org/1748-9326/10/3/031001

Sites consultés :

Association Adrastia : « Nous sommes à la veille d’un basculement écologique planétaire inédit » Interview de Vincent Mignerot par Vincent Froget, pour Le Comptoir, 2016. https://comptoir.org/2016/05/25/association-adrastia-nous-sommes-a-la-veille-dun-basculement-ecologique-planetaire-inedit/

Bardi U. L’effet Sénèque : pourquoi le déclin est plus rapide que la croissance – http://adrastia.org/effet-seneque/ et http://cassandralegacy.blogspot.fr/2011/08/seneca-effect-origins-of-collapse.html

L’équation de Kaya expliquée par Jean-Marc Jancovici : https://jancovici.com/changement-climatique/economie/quest-ce-que-lequation-de-kaya/

La COP 21 : http://www.gouvernement.fr/action/la-cop-21

Le climat change, les épidémies aussi, Courrier International, 2010. http://www.courrierinternational.com/article/2009/04/30/le-climat-change-les-epidemies-aussi

Rubrique « Culture » du site de l’association Adrastia : http://adrastia.org/culture/

Stanislas Dehaene, Collège de France : Le cerveau statisticien, la révolution Bayésienne en sciences cognitives : http://www.college-de-france.fr/site/stanislas-dehaene/course-2011-2012.htm

Synthèses des données et références sur le site de l’association Adrastia : http://adrastia.org/synthese-donnees/

Terrestrial Energy : http://terrestrialenergy.com/

Théories sur les risques d’effondrement de la civilisation industrielle, Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ories_sur_les_risques_d%27effondrement_de_la_civilisation_industrielle

Autres documents consultés :

Arnsperger C. et Bourg D. Vers une économie authentiquement circulaire : https://www.cairn.info/revue-de-l-ofce-2016-1-page-91.htm

Bulletin of First National Census for Water. Ministry of Water Resources, P. R. China. http://www.mwr.gov.cn/2013pcgb/merge1.pdf

Écologie politique : défi de la durabilité pour les démocraties – MOOC par D. Bourg et G. Salerno : https://www.coursera.org/learn/ecologie-politique/lecture/xr5jk/v2-principes-et-caracteristiques-representatives-le-citoyen-juge-mis-a-rude

Hublin J.-J. Paléoanthropolgue français. Cours au Collège de France : L’aube de l’anthropocène : http://www.college-de-france.fr/site/jean-jacques-hublin/course-2016-12-13-17h00.htm

IPCC / GIEC : RT.2.1.1. Variation du dioxyde de carbone, du méthane et du protoxyde d’azote atmosphériques : https://www.ipcc.ch/publications_and_data/ar4/wg1/fr/tssts-2-1-1.html

L’agriculture ou la pire erreur de l’histoire de l’humanité. Par Jared Diamond, Prof. UCLA School of Medicine. Discover-May 1987, pp. 64-66

L’huile de palme : Aspects nutritionnels, sociaux et environnementaux. État des lieux du Fonds français pour l’alimentation et la santé, page 9

La moitié des vertébrés a disparu en 40 ans – Rapport Planète Vivante 2016 : http://www.wwf.fr/vous_informer/rapport_planete_vivante_2016/

Préserver l’efficacité des antibiotiques, Haute Autorité de Santé, 2016. « En France, les résistances bactériennes continuent de croître, malgré la mise en œuvre d’actions visant à les limiter depuis près de quinze ans. » http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1751877/fr/preserver-l-efficacite-des-antibiotiques

Radiative forcing of carbon dioxide, methane, and nitrous oxide: A significant revision of the methane radiative forcing. Department of Meteorology, University of Reading, Reading, UK. CICERO Center for International Climate and Environmental Research, Oslo, Norway. Correspondence to: K. P. Shine, k.p.shine@reading.ac.uk. First published: 27 December 2016. DOI: 10.1002/2016GL071930

Rapport thématique OXFAM, Insatiable richesse : Toujours plus pour ceux qui ont déjà tout. Deborah Hardoon, Chercheur expert, 2015

Research Institute Thought leadership from Credit Suisse Research and the world’s foremost experts, 2014, p. 98

Scénario négaWatt : https://negawatt.org/Scenario-negaWatt-2017

Shift Project : http://decarbonizeurope.org/

Skeptical Science. Climate Change: The 40 Year Delay Between Cause and Effect: https://skepticalscience.com/Climate-Change-The-40-Year-Delay-Between-Cause-and-Effect.html

UFR de Mathématiques et Informatique, Université Paris Descartes. Inférence bayésienne : http://www.math-info.univ-paris5.fr/~lerb/rouanet/travaux_statistiques/domaines_4.html

Vannier J. Directeur de recherche – CNRS, L’explosion Cambrienne : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap2/vannier.html

8 comments on “Transition 2017 – 4/4 : Éléments pour un programme et une éthique de transition”

  1. Hubert Houdoy dit :

    Prendre au sérieux l’hypothèse de la substitution causale implique de remettre en question bien des idées, bien des discours et bien des convictions dont nous faisons usage tous les jours.

    L’hypothèse de la substitution causale n’est pas éloignée de la théorie du bouc émissaire développée par René Girard.
    L’hypothèse de la substitution causale est compatible avec une théorie (freudienne, jungienne ou adlerienne) du refoulement et de l’inconscient.
    L’hypothèse de la substitution causale est compatible avec le recours à une logique de la non-contradiction, forcément simplificatrice, sélective, dans notre approche d’une réalité fondamentalement contradictoire (onde et particule), comme le pensait Stéphane Lupasco (Logique du contradictoire).
    L’hypothèse de la substitution causale est compatible avec une interprétation relationnelle de la mécanique quantique (Carlo Rovelli, Matteo Smerlak). Nous serions dans une superposition d’états.
    Notre pensée consciente, tranquille et méthodique, qui suppose un faible niveau d’énergie psychique, impliquerait une décohérence, comme dans la théorie de la mesure quantique.
    Individuellement, nous aurions donc beaucoup de peine à envisager toutes les facettes de la réalité.
    Les débats entre théoriciens seraient nécessaires pour aboutir à une théorie pertinente qui intègre le maximum de faits avérés. Spontanément, chacun sélectionne les faits qui l’arrangent.
    Par contre, sous l’effet d’une émotion (fort niveau d’énergie psychique), nous actualiserions tantôt une facette de notre personnalité (Docteur Jekyll), tantôt une autre (Mister Hyde).
    Nous n’avons pas une conscience nette de cette alternance, tant que personne ne nous le fait remarquer.
    L’hypothèse de la substitution causale est compatible avec l’épistémologie envisagée par Michel Bitbol (convergence réflexive).

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